Un avenir incertain pour l’océan Arctique

© F. Bernard / Tara Expeditions Foundation

Au début du mois de décembre, la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) indiquait dans son rapport annuel que l’année 2018 est la deuxième plus chaude jamais enregistrée en Arctique depuis 1900. Preuve supplémentaire, s’il en fallait une, que le réchauffement climatique ne court plus, il galope. Et les pôles sont particulièrement impactés par les changements liés aux activités humaines.

Un écosystème en proie à des mutations profondes et irréversibles

La multiplication des records de température n’est qu’un des nombreux indices qui nous permettent de juger des conséquences de nos comportements sur la planète. L’océan arctique est souvent présenté par les scientifiques comme l’un des écosystèmes qui subit le plus intensément les bouleversements du climat. La question de l’évolution de cet écosystème se poserait donc de manière encore plus pressante que pour les autres. En effet, les scientifiques ont encore récemment confirmé que l’Arctique se réchauffe deux fois plus vite que le reste de la planète. En moyenne, sur le courant de l’année 2018, l’anomalie de température de l’air s’est élevée à +1,7 °C.

Les glaces s’affinent et elles cèdent du terrain aux eaux libres qui réfléchissent beaucoup moins bien les rayonnements. Plus de chaleur est donc absorbée, ce qui amplifie le réchauffement. Si on se réfère aux données du National Snow and Ice Data Center, on constate que la couverture de glace en Arctique au mois de novembre est passée de 11,5 millions de kilomètres carrés en 1978 à 9,8 en 2018, soit une diminution de 15 %. La valeur était particulièrement basse en novembre 2016, année la plus chaude jamais enregistrée : 8,6 millions de kilomètres carrés. Quelles que soient la période de l’année et la région d’étude, l’étendue de la glace arctique diminue, mais il y a également les courants et la circulation océanique qui se modifient, les eaux qui se réchauffent et s’acidifient, des espèces qui migrent ou disparaissent… La liste peut continuer longtemps.

© National snow and ice data center
Couverture moyenne mensuelle de glace en Arctique © National Snow and Ice Data Center
 

Les écosystèmes marins de cette région polaire subissent directement toutes ces perturbations. Les impacts sur le plancton, à la base de la chaine alimentaire, se répercutent de maillon en maillon jusqu’aux prédateurs supérieurs. À cause du réchauffement, certaines espèces migrent vers le nord, bouleversant éventuellement l’organisation initiale de l’écosystème. D’ici quelques années, lorsque le transport maritime se sera sans doute développé en Arctique, les espèces invasives, transportées par les bateaux risquent également des impacts.

Comprendre le fonctionnement de l’écosystème Arctique, une urgence

Pour qualifier la situation de l’Arctique, les scientifiques parlent souvent d’un « basculement » à venir, comme un point de non-retour au-delà duquel des conséquences profondes et irréversibles sont à attendre. Mais encore faut-il tenter de prévoir et de définir un minimum ce basculement afin d’anticiper les conséquences inévitables du bouleversement de cet océan autant en termes d’organisation de l’écosystème arctique marin que de ressources marines.

Consciente des enjeux particuliers qui gravitent autour de l’océan Arctique, la Fondation Tara Expéditions s’est attaquée très tôt à la problématique de cet écosystème et de ses organismes microscopiques, le plancton. Des espèces planctoniques qui, il faut le rappeler, jouent un rôle fondamental dans la composition de notre atmosphère et l’évolution du climat. C’est de ces organismes que dépend la suite de la chaine alimentaire, ils constituent à bien des égards un élément plus que central à l’échelle de la planète entière. De nombreux océanographes aux compétences complémentaires se sont donc unis autour de l’expédition Tara Oceans Polar Circle pour recueillir un très grand nombre de données à la fois environnementales et biologiques afin de tenter de démêler la complexité de l’écosystème planctonique arctique.

C.Sardet/CNRS/Tara Oceans Polar Circle
© C.Sardet/CNRS/Tara Oceans Polar Circle

Le travail en laboratoire est actuellement encore en cours et prend énormément de temps, mais une fois terminée, les scientifiques pourront en partie expliquer comment évoluent et s’organisent les populations planctoniques en fonction des conditions de température, d’oxygène, de pH et comment les changements à venir impacteront leur structure.

Les espèces océaniques en général et les espèces planctoniques en particulier sont encore très peu connues. On estime que l’immense majorité nous est encore inconnue. Les données récoltées par la goélette Tara vont donc aussi permettre de mettre à jour le catalogue de la diversité planctonique océanique qui renferme peut-être un potentiel de découverte intéressant pour l’humain et son avenir.

 

Margaux Gaubert

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