Finançons les océans – Entretien avec Torsten Thiele

© Josh Stride

La 21ème Conférence des Parties (COP21) qui se tiendra prochainement à Paris est considérée par beaucoup comme le premier véritable test du fonds vert pour le Climat, mis en place il y a cinq ans à Durban, lors de la COP17. Mais l’absence notoire de l’Océan lors des sessions précédentes a fait beaucoup parler de la nécessité d’un financement spécifique à l’Océan, ou “financement bleu”.

Lors de ma visite de Tara durant son séjour à Londres, j’étais accompagné par Torsten Thiele, fondateur du « Global Ocean Trust » et membre de la plate-forme Océan & Climat. Il m’a parlé de sa vision concernant le financement des océans.

Torsten Thiele possède l’énergie et l’enthousiasme d’un homme qui a une grande idée et qui veut la partager avec le monde entier. Malgré le fait que les océans – qu’il appelle « le cœur de la planète » – soient restés ostensiblement sous-représentés lors des conférences précédentes sur le changement climatique, Thiele demeure d’un optimisme communicatif concernant une possible amélioration de la situation. Peut-être est-ce dû à la logique relativement simple de sa proposition : compte tenu de l’importance des océans pour le climat et des efforts fournis par l’humanité pour atténuer les changements climatiques, une plus grande part du financement visant à atteindre les objectifs climatiques convenus doivent être dirigés vers les océans.

Selon Thiele, ce qu’il appelle la « résilience océanique » doit occuper une position centrale dans chaque effort fait pour lutter contre le changement climatique. « Pour vraiment comprendre l’impact des océans sur le système climatique mondial, » dit-il, « vous devez appréhender le fait que la résilience océanique fonctionne de plusieurs manières. Le puits de carbone que fournissent les océans – tant en matière de biomasse que dans les secteurs côtiers, tels que récifs coralliens, mangroves et herbiers marins, et dans les stocks halieutiques. »

Dans le cadre de son objectif de voir les questions relatives à l’océan et au changement climatique plus étroitement alignées, l’association de Thiele – le Global Ocean Trust – et d’autres organismes et individus aux vues similaires, se sont regroupés pour former la Plateforme Océan & Climat. Selon Thiele, la plate-forme offre la possibilité « d’apporter l’expérience pluridisciplinaire que nous possédons afin de débattre ensemble de ces concepts, trouver des solutions et les appliquer. » Ainsi, semble-t-il tout naturel à chaque membre de la plate-forme d’utiliser ses forces dans un but commun. Ayant une formation en financement d’infrastructures, Thiele reconnaît le rôle vital que les instruments financiers ont à jouer pour bâtir la résilience océanique et atténuer les changements climatiques.

L’adoption du Fonds Vert pour le Climat il y a cinq ans lors de la COP17 à Durban a révélé la nécessité d’un financement spécifique destiné à aider les nations à faire face au changement climatique. Toutefois, l’absence relative de l’océan des précédentes négociations climatiques s’est également accompagnée d’une carence dans les discussions concernant le financement climatique. Aussi, le concept de « financement bleu » est-il apparu comme un moyen de mettre en évidence la nécessité d’inclure l’océan dans la solution. « Nous utilisons ce concept pour décrire comment un financement durable du milieu marin peut constituer un élément de solution, » dit Thiele. « Tout comme nous avons obligations climatiques vertes et des financements verts afin de protéger les forêts qui agissent comme des puits de carbone, nous avons besoin d’un financement bleu. »

Pour Thiele, les avantages sont évidents. En termes financiers, un important retour sur investissement est garanti – ce qu’il appelle « le triple résultat » : « L’avantage de cet investissement est qu’il est réel – il améliore notre planète sur le long terme; et aura donc un triple bilan : des rendements financiers, des retombées environnementales, et il fait également partie de l’ensemble du puzzle; ce qui signifie que chaque investissement dans un domaine renforce les autres. »

Lorsque je demande comment l’argent sera dépensé en pratique, Thiele saute sur l’occasion : « Je peux vous donner un exemple très concret ! La mer des Sargasses, » dit-il, « est le lieu d’éclosion des anguilles européennes et américaines, mais elle comprend aussi 2,4 millions de kilomètres de sargasses, une algue unique, remarquable pour sa capacité à absorber le carbone. Elle représente aussi un élément précieux pour l’industrie d’observation baleinière, et contribue au maintien de la pêche européenne et américaine de l’anguille. Protéger cette zone, y mener des activités scientifiques et investir dans sa préservation, aideront non seulement ce puits de carbone et cette aire marine protégée, mais ils contribueront également à l’industrie d’observation des baleines en Amérique du Nord… La valeur de l’écosystème de la mer des Sargasses est significative et investir dans sa conservation, ainsi que dans de nouveaux services qui en dépendent fait partie de ce que nous appelons le financement bleu ».

Propos recueillis par Josh Stride

 

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