ITW de Catherine Chabaud : « La bonne santé de l’océan est essentielle à l’équilibre du climat »

© F.Terlin

Première femme à terminer un tour du monde à la voile en solitaire en 1997, Catherine Chabaud a toujours été tournée vers la mer, d’abord en tant que navigatrice, puis dans ses engagements.

Journaliste, membre du Conseil Economique, Social et Environnemental (CESE), Présidente de l’association Innovations Bleues, Catherine souhaite avant tout mettre en avant les solutions existantes pour réduire l’impact des activités humaines sur les écosystèmes marins. Ambassadrice de la Plateforme Océan et Climat, elle revient pour nous sur cette initiative et sur les enjeux de la 21ème Conférence des Parties COP21.

Catherine Chabaud

1/ Vous êtes ambassadrice de la Plateforme Océan et Climat, pouvez-vous nous expliquer ce qu’est cette plateforme ? 
Il s’agit d’une initiative qui a été prise par un certain nombre d’acteurs qui ont en commun d’avoir un lien avec la mer et le maritime. Tous savent que la bonne santé de l’océan est essentielle à l’équilibre du climat et tous font le constat que l’océan n’est pas pris en compte dans les négociations climatiques. Ce qui a motivé cette alliance, que nous avons baptisée Plateforme Océan et Climat, ce sont donc ces constats communs. Aujourd’hui, la Plateforme fédère plus largement que les initiatives précédentes. Les fondateurs de la Plateforme sont des entités qui s’étaient déjà rassemblées autour d’actions communes dédiées aux océans, comme à l’occasion de la conférence des Nations Unies sur le développement durable (Rio+20) ou lors de la conférence sur la Gouvernance de la Haute-mer. Il s’agit d’associations, de Fondations, dont Tara Expéditions fait partie. Nous étions une dizaine au départ, mais aujourd’hui, la Plateforme réunit pas moins d’une cinquantaine d’entités. La Commission Océanographique Intergouvernementale (COI) de l’Unesco est l’un des membres fondateurs de cette Plateforme.

2/ Pouvez-vous nous expliquer le fonctionnement de la Plateforme Océan et Climat ?
Le cœur de la Plateforme est un comité scientifique qui réunit parmi les plus grands scientifiques océanographes et biologistes Français. Aujourd’hui des laboratoires internationaux qui partagent leurs constats et leur vision souhaitent les rejoindre. Les membres scientifiques ont produit des fiches qui constituent un recueil de 70 pages autour d’un certain nombre de sujets. Il existe également un groupe dédié à la « Diffusion des connaissances » qui est là pour vulgariser et pour porter le propos des scientifiques au plus grand nombre. Ce groupe a été chargé de rédiger des fiches pédagogiques. Enfin, il existe un troisième groupe baptisé « Plaidoyer », qui réfléchit au plaidoyer que nous allons porter. Pour l’instant, la réflexion menée au sein de ce groupe et plus largement au sein de la Plateforme, doit déterminer le message qui sera porté lors de la COP 21.

Nous lancerons un premier appel le 8 juin à l’Unesco, à l’occasion de la « Journée mondiale de l’Océan ». Le message que l’on souhaite faire passer est le suivant : prenez en compte le rôle des océans dans l’équilibre du climat. Un océan en bonne santé c’est un climat protégé. Sachez que ce qui pourra favoriser une meilleure santé des océans participera à développer des solutions pour répondre aux dangers climatiques. Notre Plaidoyer abordera probablement la question de la réduction des gaz à effet de serre des acteurs du maritime, le développement des connaissances des océans… Nous réfléchissons actuellement à un plaidoyer qui s’adressera au grand public, aux décideurs et aux négociateurs.

3/ Selon vous, pourquoi les océans sont les grands absents des négociations climatiques ? 
L’absence des océans dans les négociations climatiques est à ramener à un manque de connaissance global sur les océans et un manque de prise en compte du fait que les océans représentent l’avenir de la Terre. Les océans ne sont pas pris en compte dans les questions internationales, ni même nationales, parce que les êtres humains ne connaissent pas bien les océans. Les gens ont le dos tourné à la mer ! On dit toujours qu’on connaît moins les océans que la lune, alors qu’ils représentent 71% de la surface de notre planète. Et même ceux qui s’y intéressent ne les connaissent pas bien par manque de moyens. Les politiques ne connaissent pas les océans, ne comprennent pas bien leurs dimensions et leurs impacts à la fois dans le rôle que joue la biodiversité marine, dans l’équilibre du climat, mais aussi comme formidable réservoir d’énergie… Nous ne connaissons que 5% des océans et au fil des découvertes, comme celles majeures de Tara Oceans la semaine dernière, nous mesurons tout ce qu’ils pourront nous apporter demain : en terme de ressources géologiques, pour nourrir la planète, mais aussi pour fabriquer des médicaments…

4/ Vous avez entrepris un « Tour de France » un peu particulier, pouvez-vous nous en dire plus? 
Avec notre « Tour de France pour le climat » nous souhaitons mener des actions très concrètes auprès des territoires littoraux. Cette initiative se déploie sur deux axes : valoriser les actions déjà mises en œuvre et mobiliser les territoires du littoral pour qu’ils mettent en œuvre des solutions nouvelles. Ces zones sont à la fois les premières impactées par le réchauffement climatique, notamment avec l’élévation des océans mais en plus, 80% de la population va vivre sur cette frange littorale dans les années à venir. À travers ce Tour de France, nous rencontrons des élus, nous réalisons des vidéos sur les solutions existantes. Certaines collectivités territoriales ont mis en place des échangeurs thermiques à l’eau de mer pour chauffer ou climatiser des bâtiments, mais aussi des stations d’épuration qui, en ressortant des eaux propres, permettent de préserver l’écosystème marin.

Je profite aussi de ce Tour de France, en tant qu’ambassadrice et membre de la Plateforme Océan et Climat pour diffuser les fiches pédagogiques, aborder les relations Océan et Climat et remettre des pavillons Océan et Climat.

5/ Quel message personnel souhaitez-vous adresser aux décideurs et aux négociateurs de la COP21? 
Il faut développer une vision plus exhaustive de la question climatique, qui ne se résume pas à la question de l’énergie. S’il est essentiel de réduire les émissions de gaz à effet de serre, il l’est tout autant de mettre en œuvre des solutions qui vont permettre aux écosystèmes terrestre et marin de continuer à jouer leurs rôles dans l’équilibre du climat. Il faut prendre en compte le fait que tous les écosystèmes participent à la solution et les écosystèmes marins au moins tout autant que les autres. Il faut donner des moyens à une meilleure connaissance des océans et une meilleure compréhension de l’impact des changements climatiques sur les océans. Je pense, et il s’agit là d’un avis très personnel, que les négociations climatiques devraient aussi parler du développement des stations d’épuration. Partout à travers le monde, notamment en Méditerranée, on fait face à une absence dramatique de stations qui entraine la mort d’écosystèmes marins de long des littoraux. Cela impacte la biodiversité et les ressources halieutiques, mais aussi le climat. Il faut donc élargir l’éventail des objectifs.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

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