Minimum historique pour la banquise arctique

© F.Aurat/Tara Expéditions

Le 8 septembre dernier, les physiciens de l’université de Bremen confirmaient le pressentiment qui se dessinait depuis le mois de juillet : la surface de la banquise arctique a atteint en 2011 un minimum historique. Avec 4,24 millions de km2, elle a encore perdu 27 000 km2 par rapport au minimum précédemment enregistré en 2007, alors que la période de fonte n’est pas encore totalement terminée. 

L’épaisseur de la dite banquise, plus difficile à évaluer, est elle-même en forte régression avec la quasi disparition de la glace pluri-annuelle (glace qui perdure d’une année à l’autre).

Depuis trois ans, les passages du Nord-Ouest (archipel canadien) et du Nord-Est (le long des côtes sibériennes) sont totalement libres de glace au cœur de l’été. En juillet 2011, le tanker de la classe Panamax STI Heritage, transportant 60 000 tonnes de gaz, a franchi le passage du Nord-Est entre Mourmansk et le détroit de Béring en seulement 8 jours, établissant un nouveau record sur cette route. Le mois suivant, son affréteur, le géant gazier russe Novatek, faisait transiter par la même route le tanker Vladimir Tikhonov, de la classe Suezmax, transportant 120 000 tonnes de gaz en seulement 7,5 jours.
Comme on le voit, les Russes n’ont pas mis longtemps pour mettre à profit l’ouverture du passage entre Atlantique et Pacifique. Devant la recrudescence du trafic, les états riverains demandent la mise en place d’une coordination internationale des opérations de recherche et sauvetage, en cas d’incident.

Les eaux de l’Océan Arctique se réchauffant, de nouvelles espèces halieutiques telles le saumon sockeye ou la morue atlantique migrent vers le Nord, où elles sont déjà sujettes à une surexploitation de la part de certains états. Face à ce risque, le gouvernement américain pousse à la création d’une organisation pour contrôler le développement de la pêche en Arctique.
La possibilité d’un traité régulant le Haut-Arctique s’éloignant un peu plus chaque année, il devient toutefois urgent que de nouvelles lois régulant le transport et la pêche voient le jour rapidement.

Christian de Marliave, coordinateur scientifique de Tara Arctic et spécialiste français des pôles.