Route maritime du Nord et passage du Nord Ouest : 135 ans d’histoires de navigation

© S. Januskiewicz / Tara Expéditions

Cet été Tara fera le tour de l’Arctique en une saison en empruntant la route maritime du Nord et le passage du Nord Ouest.  Retour sur l’histoire de la navigation de ces deux passages mythiques.

Le premier à franchir la route maritime du Nord le long des côtes sibériennes (Russie) est le finlandais Adolf-Erik Nordenskjöld , à bord de la Véga ; parti le 4 juillet 1878 de Goteborg, le navire est stoppé par les glaces alors qu’il n’est plus qu’à un jour de navigation du détroit de Béring (détroit qui sépare la Russie du continent américain). Après un hivernage sans péripétie, le navire reprend sa route et atteint Yokohama au Japon le 2 septembre 1879.

Le premier à franchir le passage du Nord-Ouest, à travers l’archipel nord-canadien est le norvégien Roald Amundsen, à bord du Gjoa ; parti d’Oslo le 16 juin 1903, il atteint Nome, sur la côte pacifique de l’Alaska le 31 août 1906, après trois hivernages.
Ce que l’on sait moins, c’est qu’en 1918, Amundsen, alors auréolé par sa conquête du pôle Sud, affrète un autre bateau, le Maud, pour tenter de refaire la dérive arctique du Fram. Il ne parviendra pas à se faire prendre dans le courant transpolaire qui l’aurait fait dériver vers le pôle, mais, après deux hivernages, le Maud franchit la route maritime de Nord, et atteint Nome le 23 juillet 1920. Amundsen (ainsi qu’un de ses équipiers, Helmer Hanssen), devient ainsi le premier homme à avoir franchi les deux passages mythiques.

Il faudra attendre 2003 pour voir le voilier français Vagabond d’Eric Brossier et France Pinczon du Sel renouveler l’exploit, en deux saisons et sans hivernage.

Durant l’été 2010, le trimaran norvégien Northern-Passage de Borge Ousland, barré par Thorleif Thorleifsson et le sloop russe Peter 1er, barré par le russe Daniel Gavrilov, partis le même jour, ont franchi les deux passages dans la foulée (Route Maritime du Nord puis passage du Nord-Ouest). La course initiale, au fur et à mesure des obstacles rencontrés, aussi bien administratifs que techniques, s’est rapidement transformée en une entraide sympathique entre les deux équipages.

C’est cette même route, effectuée dans le même sens que Tara va emprunter cet été, en espérant rencontrer des conditions aussi propices que celles présentes il y a trois ans.

Christian de Marliave
, consultant de nombreuses missions polaires et
coordinateur scientifique de l’expédition Tara Arctic entre 2006 et 2008.