2019 : des victoires pour l’Océan ?

© Francois Aurat / Fondation Tara Océan

En 2019, en France, c’est la pollution plastique qui a été la thématique majeure de la préservation de l’Océan. Une notion d’urgence plus appuyée a fait place à la recherche de solutions concrètes et rapides. Du côté des relations internationales, dans le contexte de l’urgence climatique grandissante, c’est un regain de mobilisation autour de la question Océan et Climat qui a marqué l’année. Et ce, par deux évènements sans précédent : la publication du premier rapport spécical du GIEC sur l’Océan et la première COP « bleue » en Espagne.
En revanche, malgré les menaces croissantes qui pèsent sur la biodiversité marine, les négociations internationales sur la haute mer demeurent difficiles et encore très incertaines pour 2020. Voici les avancées et perspectives qui ressortent pour la Fondation Tara Océan de cette année 2019.

La lutte contre la pollution plastique s’organise, mais demeure difficile

Romain Troublé Signature du « Pacte National sur les emballages plastiques » (Hôtel de Roquelaure - Paris)Romain Troublé, Directeur général de la Fondation Tara Océan lors de la signature du Pacte national sur les emballages plastiques © Arnaud Bouissou / TERRA 

À l’international, des ambitions basées sur la bonne volonté des États
Les ministres de l’Environnement du G20 se sont engagés à réduire la pollution plastique en milieu marin le 16 juin au Japon. L’organisation maritime internationale (OMI) et l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) ont lancé, le 5 décembre, un nouveau projet mondial visant à prévenir et réduire les déchets plastiques en mer. Ces initiatives ont le mérite de poser le problème de la pollution plastique à l’échelle globale, mais, pour le moment, il s’agit d’actions volontaires et non obligatoires. Reste à voir quelles applications concrètes les pays mettront en œuvre…

En Europe, les objectifs de la directive sur les plastiques à usage unique revus à la baisse
On note un net recul de la directive européenne lors de sa publication le 12 juin avec des prolongations sur certaines échéances jusqu’en 2030. Une bonne petite nouvelle cependant ! Une directive a, en revanche, été adoptée par le Parlement européen le 13 mars pour ramener à terre les déchets produits sur les bateaux et récupérés dans les filets pour qu’ils soient traités et recyclés dans les ports. Cette directive entrera en vigueur en 2021.

Et en France, où en sommes-nous ?
Les campagnes médiatiques, la signature de pétitions et d’autres actions de la société civile se sont multipliées cette année. Cette « conscience plastique » a gagné l’attention des gouvernements et des grands acteurs économiques pour réduire de manière drastique la production du plastique, améliorer sa collecte et son recyclage.

- Le Projet de Loi relatif à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire
Le projet sera examiné en deuxième lecture par l’Assemblée nationale d’ici la fin de cette année 2019. Il s’agit de réduire la production des plastiques et des « plastiques les plus problématiques », c’est-à-dire des polymères complexes difficilement recyclables. Une interdiction de tous les plastiques à usage unique a été votée le 9 décembre 2019, assortie d’un calendrier indiquant les différentes échéances auxquelles les objets plastiques seront interdits (allant de 2020 à 2040).

- Le Pacte national sur les emballages plastiques avec le secteur privé
En février, la Fondation Tara Océan a rejoint, aux côtés du ministère de la Transition écologique et solidaire (MTES), des acteurs du secteur privé et de WWF France ce Pacte qui a pour ambition forte de réduire et supprimer les emballages inutiles et problématiques, mais aussi de développer des emballages écoconçus.

L’Océan s’installe dans les discussions climatiques : du rapport GIEC à la COP25 

Le rapport spécial du GIEC sur l’océan et la cryosphère dans un contexte de changement climatique acte définitivement le lien entre Océan et Climat
L’océan a été décrit comme acteur majeur du changement climatique dans le rapport du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC), publié le 25 septembre 2019. Il s’agit d’une véritable victoire, car non seulement l’alerte donnée depuis quelques années semble enfin avoir été entendue, mais ce rapport internationalement reconnu constitue un levier important pour les négociations sur le changement climatique.

L’enjeu « Océan » déjà mis en avant lors du sommet du G7
Un Appel pour l’Océan a été lancé lors du sommet du G7 à Biarritz, un mois avant la publication du rapport spécial du GIEC, pour alerter ces pays, parmi les plus grands responsables des émissions de gaz à effet de serre, sur l’urgence d’agir à travers des actions devant à tout prix considérer l’Océan et le protéger. Les dirigeants, dont le Président français Emmanuel Macron, ont répondu positivement à cet appel, mais sans prendre d’engagements.

La COP25 a intégré l’océan au plus haut niveau
Après 21 années de négociations internationales sur le climat, l’océan a finalement été inclus en 2015 dans le préambule de l’Accord de Paris, sans toutefois recevoir l’attention d’un enjeu clé durant les années qui ont suivi. Or, cette année 2019, marquée par un contexte scientifique démontrant l’urgence climatique et incluant la préservation de l’océan, ainsi que le relais d’une importante mobilisation citoyenne, a enfin placé l’océan au centre de l’attention politique : la COP25 s’est voulue bleue.
C’est ainsi que du 2 au 13 décembre, à Madrid, les États ont été fortement encouragés à intégrer des mesures relatives à l’océan dans leurs Contributions déterminées au niveau national (CDN) – les mesures concrètes mises en place sur leur territoire.
La place forte donnée à la science avec la publication des deux rapports spéciaux du GIEC (Climate Change and Land et Ocean and Cryosphere in a Changing Climate), ainsi que la présentation d’un guide scientifique (10 New Insights in Climate Science) lors de la Conférence de la COP25 est encourageante. Toutefois, la perspective de la mise en place d’une dynamique ambitieuse et collective contre le changement climatique semble encore difficile et les négociations posent problème, en particulier sur la question très houleuse et complexe de l’instauration du marché du carbone.

La biodiversité marine en proie à des enjeux diplomatiques

L’archipel d’Entrecasteaux est un paradis de biodiversité terrestre et marine classé au patrimoine mondial de l’UNESCOL’archipel d’Entrecasteaux, paradis de biodiversité terrestre et marine classé au patrimoine mondial de l’UNESCO © Vincent Hilaire / Fondation Tara Océan

Sur le chemin de la conclusion d’un traité sur la biodiversité de la haute mer
Dans un contexte international qui méconnaît la plupart des défis de la haute mer, la perspective d’un traité sur les enjeux de la biodiversité représente une vraie évolution. La définition d’un statut juridique pour les ressources marines divise néanmoins les pays occidentaux qui possèdent techniquement et financièrement un accès aux ressources de la haute mer, et des pays en voie de développement qui n’en ont pas, ou très peu. La question du niveau de financement pour renforcer les capacités de ces pays en voie de développement, directement liée à la première question, a pu également faire l’objet de débats houleux. Les négociations sont donc actuellement en cours  sur ces points décisifs, et il est fort probable que la fin des négociations soit reconduite à la fin 2020, voire jusqu’en 2022.

Une interdiction enfin effective de la pêche électrique adoptée par l’Union européenne
Cette pratique de pêche destructrice pour la biodiversité marine était, en théorie, déjà interdite en Europe depuis 1998. Cependant, des dérogations accordées par la Commission européenne aux pêcheurs néerlandais depuis 2007 ont mis à mal ce principe d’interdiction. Or, 2019 semble marquer une avancée pour abolir cette méthode de pêche : le 13 février, l’Union européenne a interdit la pêche électrique concernant tous les navires battant pavillon européen.

Par Lucie Schutz et André Abreu

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