Interview de Marion Lauters : les gestes verts à bord de Tara

© N.Pansiot/Tara Expéditions

Le slogan « Tara, un voilier pour la planète », colle à la peau de la goélette grâce à ses expéditions mêlant science et sensibilisation à la préservation des océans. L’équipage à bord, en mission pour parfois de longs mois, respecte également cet engagement pour la planète dans ses gestes du quotidien.

Entretien avec Marion Lauters, cuisinière et intendante à bord de Tara. Après avoir embarqué onze mois pendant l’expédition Tara Arctic (2006-2008), et deux embarquements de trois mois pendant Tara Oceans (2009-2012), elle a rejoint les fourneaux du bateau pour l’expédition Tara Méditerranée. Elle nous livre ses règles de conduite et astuces pour faire de Tara un bateau qui tend vers un meilleur respect du milieu marin.

Lors de vos différents embarquements, la gestion de l’eau n’a pas toujours été la même, par exemple quand la goélette était prise dans la glace de l’Arctique vous aviez un accès limité en eau potable. Aujourd’hui le bateau navigue en Méditerranée, vous êtes loin de l’isolement du pôle Nord puisque l’expédition comporte de nombreuses escales. En quoi cela change votre quotidien à bord ?

Lorsque le bateau est en configuration classique de navigation, nous produisons notre eau à l’aide d’un dessalinisateur à raison de 270 litres par heure. C’est moins contraignant que d’aller casser la glace ou ramasser la neige, de les faire fondre pour ensuite pouvoir utiliser l’eau !

Mais il ne suffit pas non plus d’appuyer sur un bouton, il y a tout l’entretien de l’appareil par le chef mécano. Cet appareil demande aussi beaucoup d’énergie, pour l’utiliser il faut qu’un des groupes électrogènes du bateau soit en marche. L’eau produite est stockée dans une grande cuve de 6 000 litres dans les fonds de la cale avant.  Cela permet d’alimenter les deux salles de douche, la cuisine, la machine à laver et un tuyau sur le pont à l’arrière du bateau (une douchette pour rincer les filets). L’eau de boisson est aussi produite à partir du dessalinisateur, mais on la stocke directement dans des bidons pour éviter que l’eau prenne le gout de la cuve. Et quand nous sommes au port, il nous arrive aussi de faire le plein des cuves, si on a confiance en sa qualité.

Quel est le maître mot pour l’utilisation des produits utilisés à bord ?

Je ne pensais pas que ce serait autant un casse-tête de trouver des produits sains pour l’environnement. Même dans les boutiques spécialisées ce n’est pas évident, il y a toujours un composant qui n’est pas bon. Finalement nous avons quand même trouvé une gamme de  produits 100% biodégradables pour la vaisselle, la lessive et le ménage et qui fonctionnent bien. Pour la toilette, nous avons trouvé des produits sans dérivés de pétrochimie et sans savon.

A bord de Tara j’avais aussi imaginé que l’on se lance dans la confection de nos propres produits d’entretien avec du vinaigre, du bicarbonate de soude et autres composés… mais pour l’expédition Tara Méditerranée je trouvais ça un peu compliqué à gérer. Nous sommes 14 personnes à bord et l’équipage tourne souvent donc c’est quand même plus pratique de disposer de produits prêts à l’emploi. Mais je pense que cela peut être une bonne solution à la maison.

Quels sont les gestes éco-responsables que l’on adopte quand on est cuisinière à bord de Tara ?

Pour moi ce sont des pratiques normales : faire attention à la gestion de l’eau, choisir des produits frais. Je fais aussi beaucoup de préparation « home made », les crèmes, les biscuits, les gâteaux, ça permet de réduire les emballages.

Pour l’avitaillement j’essaie de prendre les sacs que l’on a à bord, de faire attention aux produits sur-emballés, et en même temps par moment on n’a pas le choix des produits… alors on se dit qu’on fera mieux la prochaine fois.

On a encore de quoi s’améliorer pour tendre vers l’exemplarité, on pourrait  par exemple installer un piège à graisse à la sortie des évacuations de la cuisine selon certains professionnel c’est une source importante de perturbation pour le milieu marin. On réduit aussi la consommation du film plastique, tellement pratique pour le rangement des restes dans le réfrigérateur…

Comment se passe le tri des déchets à bord ? Comment « sort-on les poubelles » quand le bateau est en mer plusieurs jours ?

A bord nous avons 4 poubelles :

-        l’organique : soit les étapes sont assez courtes et on attend le port suivant pour la jeter, soit on attend d’être à une certaine distance des côtes pour la passer par dessus bord ;
-        le verre : une fois rincé le verre est stocké à bord puis jeté à l’escale ;
-        le recyclage (proche de la poubelle jaune en France): une fois rincés les emballages sont stockés dans un sac sous l’évier de la cuisine puis jeté à l’escale ;
-        et pour le reste des déchets, on essaye de faire une poubelle propre et sèche, pour ne pas avoir d’odeur si on doit la stocker un petit moment avant qu’elle ne soit jetée à l’escale ;

A bord on essaye de garder cette rigueur et en même temps, bien souvent dans certaines villes  de France ou bien dans les pays dans lesquels nous accostons, il n’y a pas forcément  les structures adéquates de tri !

Des propos recueillis par Laura Oudin

 

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