John Kerry pour la protection des océans

© Tara Expéditions.

C’est à l’occasion d’une conférence tenue sur deux jours, le 16 et le 17 juin 2014, que le secrétaire d’État américain John Kerry a lancé un appel à l’action pour la protection des océans, faisant ainsi écho au combat engagé que mène notre goélette depuis dix ans.

Dans le même esprit qui donne son élan aux expéditions de Tara, ce n’est pas tant en homme politique qu’en citoyen passionné épris d’un rêve bleu que John Kerry s’est exprimé. « J’ai toujours éprouvé un amour et un respect immenses à l’égard de ce que l’océan représente pour l’Homme ». Les raisons qu’il invoque pour justifier l’urgence de la situation sont nombreuses. Face aux défis environnementaux rencontrés par l’océan, le département d’État propose un plan d’action.

Peut-être pour s’assurer l’attention du public dès les premiers instants, le secrétaire d’État a commencé par évoquer les questions humaines et sociétales. L’océan revêt en effet un rôle crucialement important dans le cadre de la sécurité alimentaire mondiale. Tout d’abord, d’un point de vue quantitatif : l’océan est une grande source de protéines dont dépendent trois milliards de personnes, soit la moitié de la population mondiale. Ainsi, se pose la question du rapport de proportionnalité entre les ressources alimentaires disponibles procurées par l’océan et le nombre croissant d’habitants sur Terre. Cette mise en perspective est essentielle. Or, tristement, ce qu’elle donne à voir n’est autre qu’un déséquilibre dramatique que la pollution et la surpêche creusent chaque jour un peu plus. D’un point de vue qualitatif, la santé des hommes dépend de la santé de l’océan. La présence de polluants et de substances chimiques compromet la qualité de l’eau et ainsi des ressources alimentaires que nous ingérons.

À travers ce premier point se distingue la silhouette d’un autre défi environnemental pour lequel monsieur Kerry lutte depuis 1990, celui de la surpêche. C’est précisément contre le mythe des ressources inépuisables que le politique américain se bat lorsqu’il insiste sur la nécessité de réduire la quantité de poissons capturés. Parmi les solutions envisagées, le département d’État préconise « l’utilisation par les pêcheurs d’autres équipements et techniques, l’arrêt des subventions accordées aux pêcheries, ainsi que l’interdiction de la commercialisation des poissons issus de la pêche illégale».

De façon assez peu surprenante, les préoccupations océaniques reportées lors de ces conférences ont affiché des priorités communes à celles que défend Tara Expéditions. Au diapason avec la Plateforme Océan et Climat 2015 lancée cette année par l’UNESCO, à laquelle notre organisation a contribué, John Kerry souhaite porter une plus grande attention à la menace que représente le changement climatique ainsi qu’à la Haute Mer.

Les discours tenus en début de semaine mettaient également en garde le public contre la vulnérabilité des écosystèmes marins. Il est important de comprendre que la capacité de l’océan à assurer les services écosystémiques essentiels à l’espèce humaine, ne dépend pas de la quantité d’eau mais de la diversité de la vie marine. Autrement dit, fragiliser la biodiversité de l’océan revient à compromettre la pérennité de la vie sur Terre.

Autre défi important, la pollution. Lutter contre ce mal est d’autant plus complexe que les formes de pollutions à combattre sont multiples : pollution par les nutriments, pollution liée au ruissellement à partir des terres, ou encore pollution plastique, à laquelle nous avons consacré l’expédition Tara Méditerranée 2014. Toutefois, la pollution au carbone semble être la plus inquiétante aux yeux du secrétaire d’État, puisque directement liée à l’acidification des océans et au changement climatique. Son plan d’action prévoit d’exercer une pression sur les Nations Unies et d’autres organisations internationales, pour parvenir à un traité climatique ambitieux qui nous permettra de lutter efficacement contre la pollution au carbone.

On l’aura compris ; aujourd’hui le monde invisible de l’Océan pleure en silence et nous en sommes responsables. John Kerry fait alors appel à la conscience de chacun en adoptant le prisme de l’universalité. Cela étant, si nos efforts sont à poursuivre, l’homme politique américain sait que cette prise de conscience est un processus déjà entamé. En ce sens, il se réfère à plusieurs exemples concrets d’engagement en Amérique latine, Afrique ou encore dans la région Asie – Pacifique.

L’action de plaidoyer menée par le secrétaire d’État n’en est qu’à ses débuts, l’objectif étant de déboucher sur des prises de décisions et un véritable plan d’action. Pour cela, il est important d’élever nos voix jusqu’aux lieux de pouvoir : gouvernements, ONG et scènes  politiques de tout type.

En harmonie avec la notion d’universalité qu’il invoquait pour assoir la responsabilité de chacun et en accord avec le rêve que nourrit Tara, la vision de John Kerry dépasse le sol américain et revendique la nécessité d’agir à l’échelle mondiale. De fait, quand 70% de la planète est en danger, il est inconcevable de penser autrement qu’en termes de politiques internationales : rassembler les gouvernements pour multiplier les ressources, matérielles comme immatérielles.

Dans cette optique de changement profond et concret, l’homme politique s’interroge sur le type d’application qui conviendrait pour ces nouvelles mesures. De fait, élaborer des politiques internationales implique la nécessité de concevoir leur mise en pratique à l’échelle planétaire. Les objectifs fixés par le département d’État, eux aussi, sont concrets, les mêmes que la convention sur la diversité biologique : passer de moins de 2% de l’océan considéré comme une aire marine protégée à 10% de l’océan.

Avant de conclure, l’ancien sénateur du Massachusetts est revenu sur l’importance de s’équiper de l’œil expert des scientifiques pour assurer l’efficacité de cette lutte. Avoir accès aux meilleures données scientifiques est effectivement primordial, pour jouir à la fois d’une plus grande force de conviction et d’une plus grande connaissance.

En réalité, les graines qu’a semées monsieur Kerry semblent déjà porter leur fruit, en commençant par des résultats effectifs sur la scène politique de son pays. C’est ainsi « afin de protéger un plus grand nombre d’habitats marins », que Barack Obama a annoncé la création dans le Pacifique du plus vaste sanctuaire marin au monde.

Estelle Cash