Stéphane Bruzaud : « Seulement 1 à 2 % des plastiques à l’échelle mondiale sont des bioplastiques »

© Pierre de Parscau / Fondation Tara Océan

Professeur à l’Université de Bretagne Sud, dans le Laboratoire d’Ingénierie de Haute Bretagne, Stéphane Bruzaud est l’un des chercheurs qui se penchent sur les microplastiques prélevés lors des missions – mission microplastiques 2019 et Tara Méditerranée 2014. Pour ce faire, Stéphane Bruzaud a récupéré des échantillons qu’il analyse afin de mieux connaître leurs structures chimiques, autrement dit de les « qualifier » pour déterminer quels sont les différents types de microplastiques présents dans le bassin méditerranéen. Mais les recherches de Stéphane ne s’arrêtent pas là : il s’attèle avant tout à trouver les solutions de demain, par la voie des bioplastiques. Gobelets, sacs, touillettes, cotons-tiges, pailles…

Entretien Stephane Bruzaud Universite Bretagne Sud06 panoStéphane Bruzaud (Université de Bretagne Sud) © Pierre de Parscau / Fondation Tara Océan

Pourquoi l’industrie du plastique s’est-elle très fortement développée ces cinquante dernières années ?

Le plastique d’aujourd’hui a beaucoup de qualité ! Il ne faut pas le dénigrer aveuglément. Il n’est pas cher, il est durable, il est hygiénique… En fait, le problème essentiel c’est son utilisation dans les multiples emballages ! Typiquement, si on prend l’exemple du sac plastique a usage unique que l’on utilise pour faire ses courses, il va être utilisé quelques dizaines de minutes mais il va mettre des dizaines, voire des centaines d’années à ce dégrader. Il faut donc que  le ratio entre la durée d’utilisation du plastique et sa durée de vie soit plus raisonnable.

Plastique biodégradable, plastique oxo-fragmentable, oxo-dégradable… le consommateur a de quoi s’y perdre non ? Et ce, même lorsqu’il essaie de s’informer pour faire le meilleurs choix. Qu’en pensez-vous ? 

En effet et on peut se demander si justement ce n’est pas l’objectif de certains de brouiller les pistes et rendre le message confus. Or il existe une norme française, européenne, qui définit la caractéristique de « biodégradabilité ». Celle-ci indique que le résultat doit être une biodégradation du matériau dans certaines conditions, sur une échelle de temps donnée. Autrement dit, soit les plastiques passent les tests réalisés par des organismes certificateurs et peuvent être considérés comme biodégradables selon la norme ; soit ils ne les passent pas et ils ne sont pas biodégradables.

Toutefois, lorsqu’on parle de biodégradabilité, c’est dans « certaines conditions », comme dans un composteur industriel par exemple. Mais il est rare que les sacs plastiques, même biodégradables, terminent leur vie dans un composteur.

C’est un peu ce qui limite la percée des plastiques biodégradables aujourd’hui, parce qu’il faut une filière qui soit dédiée à la récupération de ces matériaux et il faut informer les consommateurs pour qu’ils sachent différencier les plastiques biodégradables des autres, afin d’envisager un tri efficace.

Pouvez-vous nous éclairer sur la définition des sacs oxo-fragmentables ou oxo- dégradables ?

Un sac oxo-fragmentable ou oxo-dégradable, c’est un sac dans lequel on a incorporé des aditifs pro-oxydants, qui vont accélérer la dégradation du plastique sans forcément l’amener jusqu’à son terme. Donc on va, en quelque sort, réduire la taille de ce plastique, peut-être même la pollution visuelle qui en découle puisque les macro-plastiques vont se fragmenter en microparticules qui seront moins facilement observables. Mais leur dégradation n’ira pas jusqu’à leur terme. Autrement dit, ils ne sont pas biodégradables ! Le plastique sous forme de microplastiques perdurera dans l’environnement, dans les terres, dans l’eau…

Vous travaillez sur les plastiques du futur ? De quoi s’agit-il ?  

Il faut développer des matières plus respectueuses de l’environnement depuis leur mode de production jusqu’à leur fin de vie.  Et puis il faut cibler leurs applications parce que les chiffres révèlent qu’environ 300 millions de tonnes de plastique ont été produites en 2012 à l’échelle mondiale et seulement 1 à 2% sont des bioplastiques. Bien évidemment c’est une illusion de vouloir remplacer la totalité des matières plastiques par des bioplastiques mais il faut que le bioplastique gagne des parts de marché dans le secteur des emballages, pour de courtes durées d’utilisation.

En_tout_7562_pailles_et_bouteilles_ont_ete_collectees_sur_5_plages_de_HK@ElodieBernollin Les plastiques biosourcés, une solution pour lutter contre la production de plastiques à usage unique ? © Elodie Bernollin / Fondation Tara Océan

 

Quelles sont les matières premières utilisées pour la fabrication de ces plastiques ?

Des matières extraites de la biomasse : des matières végétales, des sucres ou de l’amidon, des huiles végétales. Personnellement, à Lorient, je travaille à valoriser des déchets de l’industrie agroalimentaire bretonne, issus de la filière fruits et légumes par exemple. Depuis plusieurs années, nous avons démontré la faisabilité de production de bioplastique par fermentation en utilisant ce type de déchets, en y ajoutant des bactéries marines que nous prélevons au large des côtes bretonnes (sur des coques ou des palourdes). A partir d’un processus biotechnologique nous arrivons à fabriquer du bioplastique, biodégradable en mer.

Quels sont les facteurs limitant à la production de ce type de plastique ?

Incontestablement, le coût ! Un pétroplastique coûte environ 1 euro du kilo ; un bioplastique coûte à minima 2,5 à 3 euros du kilo, il y a donc un différentiel important au niveau du prix, ce qui freine les industriels. Mais c’est aussi une histoire de marché, lorsque le marché va s’élargir, les coûts de production vont baisser. Souvent, pour développer un marché il faut inciter fiscalement ou règlementairement le développement de tel ou tel produit, de telle ou telle technologie.

La France va devoir limiter ses déchets plastiques non biodégradables. Mais aussi parce que certaines utilisations nécessiteront toujours du plastique, il faut développer le plastique biodégradable.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

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