Vie insulaire et économie circulaire à Hong Kong

© Agathe Roullin / Tara Expeditions Foundation

Hong Kong est une des villes les plus peuplées du monde avec une densité démographique atteignant les 130 000 habitants par km2. Elle génère plus de 6 millions de tonnes de déchets par an. Leur gestion est particulièrement contrainte par la géographie même de l’archipel, comme d’autres régions insulaires, en raison du manque de place. Quelles sont les stratégies mises en place, tant pour les déchets que pour le traitement des eaux usées ? Leurs limites ? Explications de Julie Metta, chercheure en Economie Circulaire à Hong Kong rencontrée lors de l’escale de Tara.

 

Hong Kong, grand producteur de déchets et d’innovations

La Fondation Ellen McArthur affirme qu’« en 2050 il y a aura plus de plastique que de poissons dans l’océan ». Cette projection pointe du doigt le mauvais management de nos ordures ménagères, petite fille naturelle dit-on de la surconsommation. L’impact sur les écosystèmes marins et terrestres est reconnu et interpelle d’autant quand le plastique atteint nos littoraux, simple retour aux sources d’où il provient. A ce jour, 90% des déchets en mer viennent de la terre.

Hong Kong qui génère plus de 6 millions de tonnes de déchets par an est un cas d’étude intéressant. La gestion des déchets y est notamment affectée par des contraintes géographiques, comme d’autres régions insulaires, dû au manque de place. Hong Kong est une des villes les plus peuplées du monde avec une densité démographique atteignant les 130 000 habitants par km2.

Des 16 décharges en activité au début des années 2000, il n’en reste plus que trois en fonctionnement pour accueillir les détritus des habitants de cette mégalopole. De plus, la République Populaire de Chine, où Hong Kong exportait la majeure partie de ses déchets, vient d’en interdire la majorité des transactions depuis 2017.

 

SLDLPP2350794© Elodie© Fondation Tara ExpeditionsLors du nettoyage de plage auquel la Fondation Tara a participé à Hong Kong, plus de 7500 bouteilles et pailles ont été collectées afin d’être recyclées – © Elodie Bernollin / Fondation Tara Expéditions

 

Pour la gestion des déchets municipaux, la ville a annoncé l’objectif de réduire leur quantité de 40% d’ici à 2022 (en comparaison à 2011). Des entreprises locales et la société civile s’organisent donc. Des initiatives d’économie circulaire naissent pour maintenir une croissance durable du territoire. De manière générale, et suivant le principe du libéralisme, le gouvernement hongkongais impulse des actions afin que les marchés s’équilibrent naturellement.

Si cette politique a pu donner satisfaction en termes de gestion financière, les résultats sont plus discrets quant à la gestion des déchets. En effet, ces matériaux recyclés localement procurent une matière première à faible impact environnemental mais à un cout plus élevé que les ressources – soit neuves soit recyclées – importées depuis la République Populaire de Chine. De nouveaux stratagèmes économiques doivent donc être mis en place afin d’équilibrer ces faiblesses.

 

L’EcoPARK de Hong Kong : florilège d’innovations en économie circulaire

Jusqu’en 2017, plus de 40% des déchets solides municipaux étaient exportés vers la Chine pour y être recyclés. Mais seulement 1% des déchets étaient valorisés localement. EcoPark est une zone industrielle de 200 000 m² dédiée au recyclage. Créée en 2003 par le gouvernement de Hong Kong, le parc vise à promouvoir les entrepreneurs locaux et valoriser les déchets de la ville pour y impulser un processus d’économie circulaire.

Le parc permet aux industriels locaux de bénéficier de technologies efficaces pour traiter proprement le volume de déchets recyclables dont Hong Kong dispose – jusqu’alors dans ses décharges. Le gouvernement espère ainsi créer de nouveaux marchés pour ces technologies innovantes ainsi que pour les matériaux recyclés. Le but est également de diminuer la dépendance aux exportations de matières recyclables auxquelles Hong Kong fait face.

Parmi les entreprises et innovations présentes sur ce site industriel s’opèrent :
- La transformation les huiles de cuissons issues de l’industrie et des commerce agro-alimentaires en carburant pouvant substituer le diesel (par La compagnie locale ASB biodiesel). Ce nouveau carburant permet de réduire les émissions des polluants et de particules. Chaque année Hong Kong génère 16 000 tonnes de bio-carburants grâce aux huiles de cuisson. Cependant seulement 10% des huiles de Hong Kong sont converties. En effet, la demande en bio-diesel est très faible en raison de son cout.
- L’exploitation des plastiques 1 et 2 (PET et HDPE) afin d’en faire des billes – matière première pour d’autres industries produisant des matériaux plastiques (par l’entreprise hongkongaise ChunShing).
- Le recyclage des déchets dans l’industrie textile, qui représentent 7% de déchets totaux à Hong Kong. Outre ses programmes éducatifs, l’association recycle les matériaux afin d’en faire des pièces vestimentaires. Une transformation à plus petite échelle menée par la structure « Redress », une organisation environnementale.
- Le traitement des boues est également effectué proche de cet Ecopark, dans le T-Park. Exploitée par l’entreprise française Veolia, depuis mai 2016, cette usine traite quotidiennement plus de 2 000 tonnes de boues pour la production d’électricité. La centrale fournie également de nombreux emplois, notamment par l’entretien du spa et du jardin public mis à disposition gratuitement pour les locaux. Cet achèvement technologique, social et local est une première mondiale qui reflète la collaboration franco-hongkongaise en termes d’économie circulaire.

 

vue aerienne ecopark hong kongVue aérienne de l’Ecopark de Hong Kong – © Creative Commons

 

Eduquer aux innovations et donner du sens aux gestes responsables

EcoPark dispose également d’un centre d’éducation sur la gestion des déchets. Aujourd’hui, si les technologies sont suffisamment matures, la société hongkongaise a encore besoin d’être sensibilisée dans ce sens. La communication et l’éducation sont aujourd’hui essentielles pour que la stratégie vers une économie circulaire soit correctement mise en œuvre.
Les citoyens doivent prendre conscience de la problématique des déchets et des opportunités qui peuvent être créées pour ainsi passer de producteurs de déchets aux réducteurs de déchets. Une conscience citoyenne quant aux déchets et leur gestion permettrait au gouvernement et aux entreprises de prendre plus d’initiatives. Les différentes communautés de Hong Kong doivent donc être mieux informées sur cette question des déchets et de leur valeur pour impulser un réel changement.

Julie Metta

Sources :

https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/politique-etrangere-de-la-france/diplomatie-scientifique/veille-scientifique-et-technologique/hong-kong/article/l-economie-circulaire-a-hong-kong

https://hongkong.consulfrance.org/Focus-Sante-Societe-Reglementation-sur-les-graisses-de-cuissons-a-Hong-Kong-07

 

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