Comment se déroule une station de prélèvement ?

© S.Bollet/Tara Expéditions. Filet Bongo en pêche.

Les stations d’échantillonnage s’organisent toujours selon le même protocole. Il faut d’abord définir le lieu de prélèvement.

Pour cela, les coordinateurs scientifiques à terre nous font parvenir des cartes satellites qui indiquent les courants, la salinité, la température et la concentration en chlorophylle des différentes zones de la Méditerranée.

Les stations sont fixées afin de revenir sur des lieux ou d’autres relevés ont été effectués pour avoir des chiffres de comparaison, ou en fonction d’un intérêt particulier (tourbillon de Gibraltar, éloignement des côtes…). En fonction de ce qui est possible en terme de navigation, Hervé Bourmaud le capitaine, l’équipe scientifique à bord et celle à terre se mettent d’accord sur un ou plusieurs emplacements.

Quand nous arrivons au lieu défini, la première opération consiste à plonger la sonde CTD (Conductivité/ Température/ Depth :Profondeur +Chlorophylle) au bout du treuil à l’arrière du bateau.
Ces relevés permettent à Hervé Le Goff, l’ingénieur océanographe de Tara, de repérer dans la colonne d’eau au-dessus de laquelle le bateau se trouve, les profondeurs où le maximum de %plancton% est concentré (qui correspondent globalement aux zones où il y a le maximum de chlorophylle).

Sans attendre le retour de la CTD, un tuyau relié à une pompe est mis à la mer sur tribord. Il plonge à quelques mètres sous la surface pour prélever de l’eau et l’envoyer dans les différents systèmes de filtration.
Nous échantillonnons systématiquement la surface, indépendamment de ce que révèle la sonde CTD sur la profondeur de chlorophylle maximum. A noter, que cette profondeur est appelée « surface », mais nous allons en réalité chercher l’eau vers 5 mètres. La vraie surface est une zone peu intéressante, où les rayons ultra-violets du soleil rendent la vie difficile aux planctons.

Quand Hervé Le Goff a défini la (ou les) profondeurs de chlorophylle maximum, l’équipage y plonge le tuyau et le pompage reprend. L’eau est stockée dans de grand bidons puis envoyée progressivement dans les systèmes de filtration installés dans le laboratoire humide sur le pont de Tara. Les « mailles » de ces filtres mesurent de 0,2 à 10 microns (1 micron= 1 millième de millimètre) en fonction de ce qu’elles doivent retenir : virus, bactéries, protistes…

A l’arrière du bateau, l’activité ne faiblit pas autour du treuil : des bouteilles de prélèvements sont envoyées à différentes profondeurs pour y recueillir de l’eau de mer.
Ces tubes de pvc sont ingénieusement conçus pour se fermer à 400/300/200/75 mètres etc… Ils permettent d’avoir un aperçu de toute la colonne d’eau verticale.
Les volumes qui sont ramenés sont ensuite mis en éprouvettes ou en bouteilles pour l’analyse ultérieure des particules de carbone, les sels nutritifs et les pigments (chlorophylles, béta-carotène…).

Enfin les derniers à entrer en action sont les filets. Ils ont l’allure de grands entonnoirs en maille. Certains sont simples et d’autres doubles, qu’on appelle alors « bongos » en raison de leur ressemblance avec les tam-tams du même nom. Au bout étroit du filet il y a un collecteur en pvc : un petit tube bouché qui recueille la matière piégée.
Les filets sont lestés et plongés à 400 mètres, trainés derrière le bateau à faible vitesse pendant dix minutes. Ils sont ensuite remontés et « pêchent » jusqu’à la surface tous les animaux et les organismes sur leur passage. Le contenu du collecteur est ensuite vidé, filtré et recueilli dans de petites bouteilles.

Le %plancton% meurt et se dégrade en quelques heures en une soupe nauséabonde. Pour conserver ces échantillons il faut alors ajouter une dose de fixateur (formol, éthanol, etc…) et soigneusement étiqueter chaque bouteille, chaque tube, chaque éprouvette… Un travail absolument nécessaire pour reconnaître et classer les milliers d’échantillons que nous prélevons en quelques semaines.

Les échantillons sont finalement débarqués de Tara toutes les 8 semaines et expédiés vers les différents laboratoires (Génoscope pour le séquençage moléculaire, station biologique de Roscoff pour le comptage et l’identification des protistes, station de Villefranche pour le zooplancton…).

A bord, le travail n’est pas fini. Les filets doivent être soigneusement rincés pour ne pas garder de traces des organismes. Ils sont ensuite séchés sur le pont du navire et stockés jusqu’à la prochaine station d’échantillonnage. Une journée complète de prélèvement se termine rarement avant 23 heures.

 

Sacha Bollet