Fin des prélèvements aux Palaos et point sur la recherche avec Ryan McMinds

© Noëlie Pansiot - Tara Expeditions Foundation

Pendant presque un mois, la goélette a sillonné les eaux territoriales des Palaos à la recherche des fameux échantillons de coraux. Dirigée par le jeune Ryan McMinds, doctorat à l’Université d’État de l’Oregon, l’équipe scientifique comptait plusieurs Taranautes aguerris, dont Ryan, pour qui les protocoles n’avaient plus aucun secret. Alors que Tara se dirige à présent vers le prochain lieu d’échantillonnage, l’heure est au bilan. Interview d’un coordinateur scientifique.

 

Comment s’est déroulé le transect aux Palaos ?

Ce transect a très bien commencé !  Nous nous sommes rendus au sud-ouest des Palaos et avons passé quelque temps à Helen Reef. Nous avons célébré Noël sur Tara, aux abord de la petite île d’Helen et avons fait la connaissance des rangers. Après ces débuts « socialement » très agréables, nous avons exploré l’atoll. A vrai dire, Helen Reef est un endroit où tout le monde cherche à se rendre, mais sans jamais y parvenir ! C’est si loin, il est difficile de s’y rendre. Scientifiquement, les endroits isolés comme celui-ci sont des indicateurs majeurs des processus globaux affectant les récifs coralliens.  

 

Parce que ces lieux ne sont pas directement affectés par des facteurs de stress anthropiques, par exemple…

Exactement ! Il existe des facteurs de stress sur les îles peuplées qui dégradent les récifs. Lorsque ces facteurs sont absents, parce que vous vous trouvez au milieu de nulle part, vous pouvez alors dire que ce qui se passe, ici, est dû aux évènements globaux tels que le réchauffement climatique et l’acidification des océans. C’est bien sûr vrai pour beaucoup de sites visités par Tara.

 

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Ryan McMinds, doctorant à l’Université d’État de l’Oregon et directeur scientifique de Tara Pacific aux Palaos – © Noëlie Pansiot / Fondation Tara Expéditions

 

Qu’avez-vous observé sur place ? Comment était le récif ?

Nous avons trouvé beaucoup de diversité. Bien sûr, nous ne faisons que passer rapidement dans ces lieux et nous ne pouvons pas vraiment savoir comment ils étaient auparavant, nous l’étudions à un temps T. En tant que spécialiste du corail, j’ai vu beaucoup de récifs, mais je ne sais pas précisément à quoi ressemblaient ceux d’Helen Reef l’an dernier ou il y a 10 ans. Dans de nombreux sites observés, nous pouvons dire que les coraux ne sont pas en bonne santé, mais peut-être que cela a toujours été le cas dans cette partie de l’atoll, simplement parce que l’environnement ne leur convient pas. Je ne peux donc pas dire avec certitude de quelle manière ils ont changé. Mais il y a d’autres paramètres à prendre en compte, et nous l’avons immédiatement observé à Helen Reef. Par exemple, nous avons vu beaucoup de petits coraux. En général, les récifs des Palaos présentent une couverture corallienne très importante et une grande diversité d’espèces. Mais dans de nombreux sites que nous avons étudiés, les colonies coralliennes n’étaient pas très étendues. Souvent, cela signifie que les grandes colonies sont mortes récemment. Le fait d’observer de jeunes coraux en bonne santé, de constater que le récif se régénère est une bonne chose. Toutefois, les perturbations à l’origines de la mort des coraux peuvent vraiment constituer un problème lorsqu’elles se produisent fréquemment. Et il est clair, que nous avons observé certains de ces signes aux Palaos.

 

Les objectifs du transect ont-ils été atteints ?

Dans l’ensemble, nos recherches se sont très bien déroulées dans les îles du sud-ouest. Nous avons collecté tout ce que nous recherchions. L’équipe qui étudie les poissons était très fière de ses exploits (rires). Toutes l’équipe était satisfaite du travail accompli !

 

Le transect a pris fin avec la visite du Président des Palaos à bord, monsieur Tommy Remengesau

Exactement. C’était vraiment très agréable de rencontrer des responsables gouvernementaux aussi engagés envers la science et l’environnement. Lors d’une discussion concernant les tonnes de plastique flottant à Helen Reef, atoll très isolé, j’ai pensé à ce que cela démontrait concernant la connectivité des îles. Bien sûr, c’est l’une des principales questions pour Tara, mais c’est vraiment important d’observer comment cela peut affecter les décisions des gouvernements locaux

 

Et cette connectivité s’applique aussi aux coraux puisque, comme le plastique, leurs larves se déplacent avec les courants.

Le concept est le suivant : les récifs ne sont pas indépendants les uns des autres. La République des Palaos fait preuve d’une forte conscience environnementale et le gouvernement se soucie sincèrement de la situation écologique du pays. Les paluans s’efforcent de contrôler de nombreux facteurs de stress locaux, tels que la pollution, la surpêche, etc. En théorie, le récif devrait être en bonne santé du fait de leurs efforts. Mais manifestement, il existe des exceptions. Des facteurs de stress globaux tels que le changement climatique et l’acidification des océans endommagent les coraux des Palaos, même si les populations font tout ce qu’il faut pour les préserver. La question de connectivité renvoie à un autre exception : les coraux ne respectent pas les frontières politiques.

 
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Les coraux présents dans le lagon nord des Palaos, vers Arukaron Point – © Eric Rottinger / Fondation Tara Expéditions

 

Les coraux, mais aussi le changement climatique, l’acidification des océans…

Si, par exemple, les Palaos ont souffert d’un épisode majeur de blanchissement, même si cet évènement est totalement hors de leur contrôle, et qu’une mortalité massive des coraux a eu lieu, dans quelle mesure leurs récifs dépendent-ils des récifs voisins ? L’idée est que, s’il existe une très forte connectivité entre récifs, dans l’éventualité d’une perte importante de biomasse, ici aux Palaos, les coraux d’Indonésie pourraient frayer et envoyer leurs larves jusqu’ici pour reconstituer le récif. Nous ne savons pas vraiment ce qu’il en est et c’est une des questions que nous nous posons. Quel niveau de connexion existe-il entre les récifs des Palaos et ceux des pays voisins ? Si les récifs ont besoin d’être reconstitués, peuvent-ils l’être ? Ces questions ne soulèvent qu’un infime aspect du concept de connectivité.

 

Lorsque vous avez abordé ce concept de connectivité, le Président Remengesau a tout de suite réagi.

Oui, le Président a reconnu la nécessité d’établir le dialogue avec le gouvernement indonésien. Politiquement, il s’agit d’un message important ! Les gens d’ici ont semblé sincèrement intéressés par ce concept. Il est nécessaire de développer de larges partenariats à l’échelle internationale. Les accords mondiaux s’efforcent de résoudre les problèmes environnementaux, mais il existe un domaine intermédiaire entre la gestion locale des récifs et les accords mondiaux de lutte contre le réchauffement climatique. Des accords à l’échelle régionale ont également besoin d’être mis en place. Cela a potentiellement des répercussions sur les Palaos lorsque l’Indonésie rencontre des difficultés pour gérer les facteurs de stress et que les récifs souffrent en Indonésie. Dans quelle mesure est-ce important ? C’est l’une des questions que nous posons à bord de Tara.

 

Noëlie Pansiot

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