Interview de Florian Holon, Andromède Océanologie

© Eric Béraud en plongée. S.dOrgevalTara Expeditions

A l’issue de leur cinquième journée d’exploration dans le parc marin de Port Cros, l’équipe d’Andromène est remontée à bord de Tara avec le sourire. Florian Holon, Laurent Ballesta et Thibault Rauby se disent satisfaits du déroulement de leur mission. C’est avec enthousiasme que Florian est revenu sur le déroulement de cette journée de plongée un peu atypique.  

Comment se déroule votre mission ?

La mission se passe très bien, nous bénéficions d’un temps magnifique, ce qui nous avantage beaucoup et nous permet de travailler en continu, en réalisant deux à trois plongées par jour. Nous avions un programme d’une vingtaine de plongées et nous en avons déjà effectué 8, presque la moitié. Nous avons plongé dans les zones les plus exposées, où il peut y avoir du vent. La météo annonce du mistral dans les prochains jours, nous avons donc gardé quelques plongées du côté abrité, ce qui nous permettra de continuer à travailler malgré des conditions moins clémentes.

Qu’avez-vous observé dans les profondeurs du parc national marin ? 

Nous avons exploré des sites très divers : nous sommes allés à Port Cros et autour de l’île du Levant, nous avons exploré le nord et le sud des îles et ça n’a strictement rien à voir. Entre le nord, vers la baie de Hyères, et le sud plus au large, on ne trouve pas les mêmes courants, pas les mêmes sédimentations au fond, et du coup on observe des choses très différentes. Aujourd’hui, nous avons couvert une zone située très au large de l’île du Levant, le Banc du Magaud, qui abrite une série d’affleurements rocheux sur la zone des -80 à -75 mètres. Il s’agit d’un habitat que nous n’avions encore jamais observé en Méditerranée française, pourtant nous commençons à avoir un peu d’expérience sur ce type de plongées. C’était donc une journée très sympa !

Ce que nous avons découvert sur place, ce sont des forêts de laminaires, et on peut vraiment appeler ça des forêts. On a plutôt l’habitude de trouver ces algues en Bretagne, même s’il ne s’agit pas de la même espèce : ici il s’agit de Laminairia rodriguezii, qui mesure environ un mètre de long. Nous en avons observé une tous les mètres, ce sont des laminaires profondes, donc visibles à -75 mètres et plus. Nous en avions déjà vus à Bonifacio il y a peu de temps, ainsi qu’en Tunisie, mais c’était sans commune mesure avec ce que nous avons découvert aujourd’hui. Il y en avait à perte de vue, en grande densité. Cette zone est traversée par de forts courants, nous étions avec des scooters sous-marins très puissants, à vitesse maximale, mais c’est à peine si nous parvenions à avancer à contre-courant. Il y avait une luminosité importante, une très belle lumière, et toutes ces laminaires prenaient des formes tortueuses, un peu comme les arbres de la côte qui forment des circonvolutions en fonction des vents et des vallons où ils se trouvent. Il y avait des laminaires à perte de vue, avec des formes assez bizarres. Nous savions qu’il était possible de tomber sur ces algues, mais c’est une véritable surprise d’en avoir vu autant et qu’elles soient aussi belles.

Après, ce qui est intéressant c’est de voir toute la flore et la faune associée et c’est ce que nous allons étudier au niveau scientifique. Nous avons réalisé un inventaire photographique des espèces observées dans ces algues. C’est une partie du travail très intéressante, car cela n’a jamais été observé.

Vous semblez satisfait de cette journée ?

Je suis très heureux de ma journée ! Nous avons été sur des sites qui n’ont jamais été explorés, qui sont pourtant juste à côté de nos côtes et c’est ça qui nous plait aussi dans ces plongées. Nous avons le sentiment d’explorer des zones marines sans avoir besoin de partir à l’autre bout du monde. Nous sommes en face de Hyères, de Port Cros et finalement ces roches profondes ont encore plein de choses à nous faire découvrir alors que nous sommes juste à quelques minutes en bateau du littoral de la région PACA.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot