Renforcer la coopération scientifique pour relever les enjeux Océan & Climat en Afrique de l’Ouest – ITW avec Baye Cheikh Mbaye

© Romy Hentinger / Fondation Tara Expéditions

Dans le cadre du projet « Plancton océanique, Climat et Développement », un 6ème chercheur vient de rejoindre le consortium de scientifiques de Tara Oceans. Baye Cheikh Mbaye est modélisateur et originaire du Sénégal. Il s’apprête à mettre son expertise au service des données de Tara Oceans afin de comprendre et prédire la répartition des thons à l’échelle mondiale.

Sur quels sujets as-tu travaillé jusqu’ici ?

Pendant ma thèse à Dakar, j’ai étudié les effets de l’environnement sur la reproduction de la sardinelle au large du Sénégal et de la Mauritanie, une espèce économiquement et écologiquement très importante pour ces pays. Puis, pendant mon post-doctorat au Québec, je me suis intéressé aux causes du déclin de la pêche au maquereau dans le golfe du Saint-Laurent. Nous avons notamment découvert que leur habitat de ponte se contractait sous l’effet de l’augmentation de la température de l’eau.

Tu t’apprêtes maintenant à travailler sur les données de Tara Oceans, quelles problématiques vont guider tes recherches ?

Mon objectif sera de comprendre comment les organismes planctoniques interagissent avec la suite de la chaîne alimentaire, c’est-à-dire les populations de poissons. Dans mon travail je vais m’intéresser aux populations de thon à l’échelle mondiale, une espèce dont l’importance écologique, économique et en termes de sécurité alimentaire est bien connue. Nous possédons beaucoup d’informations sur les populations de thon.

Mon objectif est de développer un modèle de plancton, structuré en taille, et en les croisant avec toutes les données recueillies lors de l’expédition Tara Oceans, je vais pouvoir la coupler un modèle de dynamique de population et vérifier que l’on arrive à bien décrire la réalité actuelle de la distribution des thons. Si c’est le cas, mon modèle pourra ensuite être utilisé à des fins prédictives.

2019_03_16_50 © Romy Hentinger© Romy Hentinger / Fondation Tara

Pourquoi est-il si important d’étudier le plancton quand on s’intéresse aux poissons ?

Le plancton est un élément capital car il est la base de la nourriture des poissons. Si on comprend comment le plancton est distribué dans l’Océan et pourquoi, on pourra ainsi expliquer en grande partie l’état des stocks de poissons et leur répartition. Mais les raisons de s’intéresser au plancton sont en fait multiples. Par exemple, il est aussi le point central par lequel l’Océan absorbe et retient le carbone atmosphérique. Son étude permet donc aussi de comprendre comment l’Océan régule le climat.

Comment les pays d’Afrique de l’Ouest pourraient bénéficier de tes recherches ?

Si je prends l’exemple de mon pays, le Sénégal, les enjeux liés à l’Océan sont nombreux, mais la pêche est sans aucun doute le plus essentiel. 600 000 personnes travaillent dans ce secteur et 70 % des apports en protéines animales de la population sénégalaise proviennent du poisson.

Nous possédons de nombreuses données de pêches donc nous savons décrire l’état des stocks mais nous connaissons mal les mécanismes physiques et biologiques à l’origine de ces distributions. Les pêcheurs ont constaté que certaines espèces se raréfient, qu’il faut les pêcher de plus en plus loin des côtes. Est-ce un effet de la sur-pêche ? De migrations liées au changement climatique ? Pour répondre à cela il faut notamment comprendre l’importance de la variabilité du plancton et son impact sur les stocks. Ces réponses intéresseraient particulièrement les décideurs politiques qui pourraient prendre leurs décisions en se basant sur des avis scientifiques solides.

2019_03_13_37 © Romy Hentinger© Romy Hentinger / Fondation Tara

Interpeler les décideurs politiques, c’est notamment un des objectifs du séminaire qui se tiendra à Dakar en 2020 ?

Oui, le but de ce séminaire est de créer un contact direct entre les scientifiques et les décideurs politiques car la communication a du mal à se faire. Mais l’objectif est également de regrouper les pays ouest-africains, de créer un cadre d’échanges afin que des partenariats se nouent entre les institutions scientifiques d’Afrique de l’Ouest et le consortium Tara Oceans.

La collaboration est encore trop faible dans la région. Grâce à l’expérience du consortium de Tara Oceans, nous espérons que les pays coopèrent afin de relever leurs défis communs tels que la pollution, les pêcheries et le climat.

Propos recueillis par Margaux Gaubert

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