« La recherche avec Tara, c’est du grand polar ! », ITW de Jacques Gamblin

© Millie Mannering / Fondation Tara Expéditions

Homme de théâtre, il est aussi un homme de mer. Jacques Gamblin est auteur, comédien et marin. Engagé aux côtés de Tara, tout a commencé quand il a posé sa voix sur « Tara, l’odyssée du corail » le premier documentaire de l’expédition Tara Pacific. Quelques milles nautiques plus loin, il raconte sa rencontre avec la goélette, entre l’Océan Pacifique et l’Océan Atlantique, pendant l’été 2018.

Qu’est-ce qui vous a motivé à prêter votre voix au film « Tara, l’odyssée du corail » ?

C’était logique pour moi de participer à ma façon à cette aventure. La recherche, la science, les océans. Cette connaissance n’en est qu’à ses débuts et pourtant elle est plus que fondamentale. Ce bateau mis à disposition des chercheurs est un outil incroyable.

Que représentent pour vous la Fondation Tara et ses expéditions ?

Encore beaucoup plus maintenant qu’avant ce voyage, bien sûr.
Quelque chose d’unique dans le monde. Une idée géniale. Toute exploration génère des avancées dans la connaissance et la science.
On voit ça de trop loin alors que c’est très concret. Procurez-vous les films de l’expédition Tara Oceans. C’est dingue ce que vous y voyez. On comprend tant de chose. On est surpris en permanence par ce qu’on voit. La recherche avec Tara, c’est du grand polar ! Toutes ces bestioles microscopiques (une brassée d’eau de mer peut contenir jusqu’à 100 000 variétés) qui représentent 92 % de la biomasse des océans et nous permettent de respirer parce qu’elles rejettent de l’oxygène.

Vous avez accompagné Tara et son équipe au Panama et jusqu’à New-York. Qu’y avez-vous observé et appris ?

Cette immersion m’a permis de comprendre avec mes yeux et en direct ce travail de prélèvements et d’échantillons qui une fois analysés seront une mémoire qui servira à l’humanité pendant des centaines d’années. Comment les scientifiques font pour prélever le plancton, avec des filets à très fines mailles. Et sauvegarder tout ça dans des flacons à des très basses températures. Au retour à Lorient, tout ce trésor sera expédié dans des laboratoires en France et ensuite dispatché dans le monde pour des laboratoires partenaires.

Comment avez-vous vécu la vie à bord ?

Je n’avais jamais fait de si longues traversées.
Nous étions 10 à bord. Les tâches du bord sont partagées par roulement et les quarts de nuit idem. J’aime le bateau. Je pratique moi-même mais évidemment j’ai encore appris des tas de trucs. Je n’ai jamais aimé apprendre avec les livres. Alors là j’étais servi. Martin Hertau, le capitaine et les marins autour de lui sont d’une grande compétence. Je les ai admirés. Quand passion et compétence dansent ensemble, j’ai les poils qui se dressent ! Ça m’émeut tout simplement. Et en plus d’être forts dans leur domaine, ils savent transmettre et laisser des initiatives.

Enregistrement Archipel des Rois Gamblin © de Parscau 4
Enregistrement de « L’Archipel des Rois » par Jacques Gamblin
© Pierre de Parscau / Fondation Tara Expéditions

Un moment particulier à bord – ou un lieu – a-t-il été plus marquant que les autres ?

D’abord bien sûr le passage du Canal de Panama. C’est énorme ! Impressionnant. Ces milliers de cargos qui passent chaque année, qui montent, qui descendent, poussés, tirés par ces petits tracteurs-locomotives sur des rails. On a l’impression que rien n’a bougé de cette technique depuis la création du Canal.
Puis la mer libre. Le grand désert liquide pendant plus de deux semaines. Le grand lavage de cerveau.
On est là au milieu de rien ou plutôt du grand tout. Et tout de suite, les sensations sont telles qu’on sait qu’on ne pourra rien raconter, qu’il n’y a pas de mots pour ça.
Puis le cyclone Florence au-dessus de nos têtes plus au Nord, qu’on laisse passer. C’est mieux !…
Puis l’arrivée à New York. Le choc, la violence du choc. De la grande horizontale aux grandes verticales.
Un étrange goût de paradoxes.

On connaît votre amour de la mer et du bateau, notamment à travers votre amitié avec le navigateur Thomas Coville, que vous évoquez dans votre dernière pièce. Qu’est-ce qui vous rapproche de la mer et des marins ?

Je suis né à Granville, ville de mer, ville de pêche. Mon oncle était marin pêcheur, mon cousin l’est aussi. Je faisais de la voile au lycée. La vie au rythme des marées etc… Je suis né quelque part comme chantait Maxime Le Forestier, moi aussi, ça laisse des traces. La mer m’est indispensable. Sinon j’étouffe !

On sait aussi votre engagement pour la défense de l’environnement, comme le montre également votre implication dans ce film. Que vous évoque la démission de Nicolas Hulot, Ministre de la transition écologique ?

Que c’est malheureux de devoir descendre dans la rue pour « aider » les politiques et les industriels à prendre les décisions radicales qui devraient s’imposer depuis des décennies.
Gouverner c’est prévoir. A quelle heure on prévoit ?
Comment peut-on encore se regarder chaque matin dans une glace, comment peut-on se raser sans se couper et continuer avec un système qui est dans le mur depuis si longtemps, qui crée autant d’inégalités qui ne font que se multiplier à cause de l’irrespect envers cette planète qui nous fait vivre. Comment peut-on gouverner sans penser une seconde à nos enfants qui prendront la suite ?
Cela me paraît un peu plus important que l’affaire Benalla qui a fait gloser tout un été.
Comment peut-on faire tout ça sans honte ?
À aucun moment je pense que cette transition nécessaire est facile à entreprendre. Bien sûr que ce n’est pas facile, et alors rien n’est facile. Pourquoi on ne met pas les bouchées doubles ? Pourquoi le changement fait-il si peur ? Pour protéger qui ?

Propos recueillis par Grégoire Laville


Jacques Gamblin soutient la Fondation Tara Expéditions

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