Janaina Rigonato, des mangroves brésiliennes à l’océan

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Fraîchement installée dans les laboratoires du Genoscope d’Évry, Janaina Rigonato a été sélectionnée parmi des dizaines de scientifiques pour participer pendant deux ans au projet « Plancton océanique, climat et développement » initié par la Fondation Tara Expéditions et financé par le Fonds Français pour l’Environnement Mondial (FFEM). Ce projet, qui a débuté en juillet 2016, a pour objectif de renforcer les compétences de chercheurs issus de pays émergents et en développement. Les chercheurs sont formés dans les laboratoires de pointe qui analysent la gigantesque base de données planctoniques constituées lors de l’expédition Tara Oceans (2009-2013). Janaina se concentre sur l’étude du plancton dans les zones désoxygénées qui menacent de s’étendre et d’asphyxier les océans.

 

Le dernier journal de Tara Expéditions trône dans le hall du Genoscope, protégé derrière une vitre en plastique. « Les chercheurs qui travaillent sur les données de Tara collaborent beaucoup entre eux ici », assure Janaina Rigonato en souriant. Cette généticienne brésilienne de 38 ans vient de s’installer à Évry, à quelques kilomètres de Paris, avec pour ambitieuse mission de poursuivre la percée des mystères du plancton océanique dans ce laboratoire spécialisé d’abord dans l’analyse des gènes humains mais aussi aujourd’hui environnementaux.

Je viens de recevoir un énoooorme tableau de données

 

« Jusqu’ici tout va bien »

Arrivée au milieu du mois de juin 2017, elle se souvient avoir pensé « je suis au paradis ! » Dans son laboratoire d’origine de São Paulo, les instruments sont tout aussi performants mais beaucoup moins nombreux. « Je viens de recevoir un énooooorme tableau de données », rigole-t-elle. Des séquences génétiques en pagaille, des données environnementales, des détails sur les zones et les techniques d’échantillonnage… C’est désormais à elle de faire parler tout ça à coups de puissants outils d’analyse.

Mais jusqu’ici, son travail s’est résumé à lire, lire et encore lire tout ce qu’elle a pu dénicher sur son nouveau sujet de recherche : le plancton dans les zones désoxygénées de l’océan. Ces eaux, caractérisées par une très faible concentration en dioxygène, sont présentes partout et certaines s’étendent sous l’effet du changement climatique, ce qui ne manque pas d’inquiéter les scientifiques. En effet, les communautés marines animales comme les poissons, qui ont besoin d’oxygène pour se développer, ne sont pas capables de supporter un tel environnement, une des conséquences est donc un rétrécissement de leur habitat.

« Je compare ce qu’il y a dans mes échantillons avec ce qui se trouve déjà dans les bases de données publiques, accessibles à tous les scientifiques. Si rien ne correspond, je sais que c’est nouveau. » À partir de l’analyse de séquences génétiques d’organismes allant du plancton végétal au petit plancton animal, Janaina Rigonato va pouvoir éclairer plusieurs questions : quelles sont les espèces présentes dans ces zones désoxygénées, quelles sont leurs fonctions et comment s’adaptent-elles à des conditions de vie si particulières ?

 

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Janaina Rigonato

Associer génétique, microbiologie et océanographie

Installée sur la terrasse du Genoscope, écrasée par les rayons du soleil dont elle a l’habitude, Janaina Rigonato retrace son parcours de scientifique : de son amour pour la génétique révélé au lycée à ses crapahutages dans les mangroves brésiliennes dont elle a étudié la résilience à la suite d’une marée noire dévastatrice. « Une fois je me suis retrouvée coincée jusqu’à la taille dans la boue, l’équipe a dû m’envoyer une corde que je me suis attachée autour de la taille pour être secourue », raconte-t-elle amusée en mimant la scène. Au sein de l’équipe de chercheurs, la généticienne s’intéressait aux cyanobactéries, des bactéries capables de réaliser la photosynthèse, particulièrement abondantes et importantes. En comparant les zones polluées et les zones intactes le long de la côte brésilienne, elle a pu caractériser l’impact de la marée noire sur ces micro-organismes et constater des changements irréversibles.

Commencer la recherche sur les données de Tara cela revient pour un enfant à passer d’un petit parc à jouets à Disneyland Paris !

Janaina Rigonato rêve depuis longtemps de mettre ses spécialités, la microbiologie et la génétique, au service de l’océanographie. En débutant ce projet de recherche au Genoscope et en intégrant le consortium scientifique de Tara Oceans, c’est exactement ce qu’elle a l’opportunité de faire. « Au Brésil, il y a une pénurie de chercheurs travaillant avec des microorganismes marins » déplore-t-elle. Elle regrette également le manque de coopération régionale dans ce domaine. À son retour, elle a l’intention de venir grossir les rangs de cette communauté scientifique dans son pays qui dépend largement de la bonne santé de ses 7500 kilomètres de côtes.

Son seul regret en tant que scientifique qui chérit le terrain est de ne pas avoir pu récolter elle-même les données sur lesquelles elle s’apprête à travailler. « C’est la première fois que je traite des échantillons collectés par quelqu’un d’autre. D’une certaine manière, c’est un peu frustrant », admet-elle. Mais elle ajoute que la perspective d’importantes découvertes tirées de l’analyse de ces données inédites est, malgré tout, une consolation bien suffisante.

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