La désoxygénation de l’Océan, problème majeur

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Parler de réchauffement et d’acidification ne suffit plus pour décrire les bouleversements que subit le monde marin. À ce duo doit désormais s’ajouter une troisième composante : la désoxygénation, c’est-à-dire l’épuisement en oxygène de certaines zones océaniques. Un phénomène encore peu connu aux effets possiblement plus lourds de conséquences étudié notamment grâce aux données de l’expédition Tara Oceans.

L’océan est souvent appelé « le poumon bleu de la planète ». Assimilé à une immense forêt. C’est à juste titre : les milliards de micro-algues qui peuplent ses eaux de surface injectent autant d’oxygène dans l’atmosphère via la photosynthèse que toutes les forêts du globe. Mais cela ne doit pas nous faire oublier que dans certaines régions océaniques, majoritairement situées entre 100 et 500 mètres de profondeur, l’oxygène manque cruellement. Car comme la température, la salinité ou encore la quantité de nutriments, la concentration en oxygène dissous est très hétérogène dans l’océan.

6gkjyhgh (1) © World Ocean Atlas 2009 nodc.noaa.gov

Présentes dans tous les océans

De manière générale, la concentration en oxygène diminue avec la profondeur. Dans certaines régions océaniques, une convergence de phénomènes naturels donnent parfois naissance à ce que les scientifiques appellent des OMZ, pour « oxygen minimum zones ». Une remontée d’eaux froides, pauvres en oxygène mais riches en nutriments et CO2, entraine des efflorescences de phytoplancton en surface. Plus en profondeur, la dégradation de toute cette matière organique consomme une importante quantité d’oxygène et va parfois jusqu’à appauvrir totalement les eaux. Paradoxalement, si la vie a du mal à se développer dans les OMZ, c’est donc généralement quelques centaines de mètres au dessus que l’on trouve les zones les plus productives de l’océan qui correspondent aux zones de grandes pêcheries. Le problème est que la circulation océanique ne permet pas de réalimenter correctement ces OMZ, l’oxygène finit donc par s’y épuiser. Les zones désoxygénées les plus importantes se situent le long des façades Est de l’Atlantique et du Pacifique. Deux célèbres OMZ se trouvent également dans la baie du Bengale et en mer d’Arabie.

Royaume des micro-organismes unicellulaires et des bactéries

Mais alors quels sont les impacts de ce manque d’oxygène sur la répartition et la diversité de la vie ? Si vous pouviez plonger dans une OMZ, qu’y trouveriez-vous ? Ces eaux plus acides et dépourvues d’oxygène accueillent en majorité des micro-organismes, plus particulièrement des archées, qui sont des micro-organismes unicellulaires (procaryotes), et des bactéries aux métabolismes particuliers qui peuvent se passer d’oxygène. Les organismes trop gourmands en oxygène comme certains poissons se voient chassés quand d’autres, aux métabolismes moins intenses ou capables de mieux capter l’oxygène de l’eau, arrivent à supporter des concentrations relativement basses. Autrement dit, la biodiversité y est très pauvre, les conditions de vie « extrêmes ».

Des copépodes sous le microscope Des micro-organismes observés au microscope – © A. Deniaud / Fondation Tara Expéditions

Un autre problème lié à ces OMZ est que des molécules telles que le méthane (CH4), le protoxyde d’azote (N2O) ou encore le sulfure d’hydrogène (H2S) sont les produits de l’activité des bactéries et archées qui y habitent. Or, le CH4 et le N2O sont de puissants gaz à effet de serre (respectivement 25 et 300 fois supérieurs au CO2). Le H2S quant à lui, est toxique pour certains organismes marins.

Alors que les scientifiques travaillent intensément depuis une trentaine d’années sur cet inquiétant phénomène qui menace notamment les pêcheries et donc la sécurité alimentaire de certains pays, le problème arrive peu à peu aux oreilles du grand public.

Margaux Gaubert

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