Lars Stemmann, accompagner la nouvelle génération d’océanographes

© Tara Expeditions Foundation

Lars Stemmann est un ancien chef de mission scientifique sur Tara Oceans basé au laboratoire d’océanographie de Villefranche-sur-Mer, il est spécialisé dans l’analyse des écosystèmes planctoniques. Il développe ses recherches en s’appuyant sur l’imagerie quantitative pour déterminer la quantité de plancton et son rôle dans les océans.

Dans le cadre du projet de coopération et développement initié par la Fondation Tara Expéditions et soutenu par le Fonds Français pour l’Environnement Mondial (FFEM), Lars encadre depuis octobre 2017 et pour deux ans Dodji Yawouvi Soviadan, venu du Togo pour débuter une thèse sur la répartition des organismes planctoniques et leurs fonctions. Il revient sur la première rencontre de tous les chercheurs impliqués dans le projet qui s’est déroulée en septembre 2017 au Chili.

 

Comment s’est déroulée cette première réunion des postdoctorants impliqués dans le projet, quel bilan en faites-vous ?

Depuis le lancement du projet en 2016, c’était la première fois que tous les postdoctorants et leurs encadrants se réunissaient. Tous les scientifiques du consortium Tara Oceans étaient également présents ainsi que d’autres chercheurs argentins, équatoriens ou sud-africains venus grossir les rangs scientifiques à l’occasion de ce séminaire régional. La première journée a été l’occasion de dresser un bilan du projet Tara Oceans, de présenter toute la recherche qui a été réalisée jusqu’à ce jour. Le deuxième jour consistait en une série de tables rondes où chaque intervention était assurée par les duos postdoctorant-encadrant formés dans le cadre du projet de coopération. Chacun a expliqué la façon dont il comptait contribuer à cette recherche et la poursuivre. Les postdoctorants ont présenté différents projets qui ont pu être discutés. Il a été aussi question de politique lors de ce séminaire, comment utiliser le potentiel de la recherche scientifique pour élaborer les futures politiques publiques internationales pour une gestion durable des océans ? quels ponts à construire entre deux univers qui communiquent encore trop peu ?

Vous êtes allé ensuite à Santiago pour rencontrer des personnalités politiques, que signifie cette étape ?

Pour poursuivre des recherches de cette ampleur, il faut une véritable volonté politique. Le projet Tara Oceans a été présenté à un auditoire composé de chercheurs mais aussi de politiques. Un sénateur chilien était présent, Ségolène Royal, ancienne ministre de l’environnement en France, a également eu l’occasion de faire un discours. Les thèmes abordés étaient plus en lien avec les services écosystémiques que rendent les océans à notre planète, et moins axés sur la recherche en elle-même.
Lars Stemmann notre chef de mission scientifique Lars Stemmann à bord de Tara pendant l’éxpédition Tara Oceans – © Fondation Tara Expéditions

 

Est-ce que cette réunion a été l’occasion d’affiner les sujets de recherche des postdoctorants ou c’est encore trop tôt ?

Pour le moment, les projets de recherche sont uniquement définis dans les grandes lignes. Ils vont tous s’inscrire dans cette problématique très large : comment l’environnement influence-t-il l’expression des gènes des organismes planctoniques ? Mais cette réunion a surtout été l’occasion pour tous les postdoctorants de se rencontrer, car ils ne se connaissaient pas encore. Ils ont pu constater à quel point leurs sujets se recoupaient et qu’ils formeront une équipe pour les deux années à venir. Il va y avoir des collaborations étroites, notamment un projet en commun sur les zones à minimum d’oxygène.

Vous allez encadrer la thèse de Dodji, un scientifique venu du Togo, aviez-vous déjà eu l’occasion de collaborer avec des pays africains ?

Non, personnellement je n’avais encore jamais eu l’opportunité de le faire. La France développe beaucoup de projets en océanographie avec l’Afrique mais ils relèvent essentiellement de collaborations avec le Sénégal et l’Afrique du Sud. Avec le Togo, c’est une première.

Pourquoi avoir décidé de se lancer dans ce nouveau genre de collaboration ?

Dans le milieu de la recherche, c’est un peu la course à la publication et à la performance. Choisir d’encadrer un étudiant doctorant dont la formation initiale a été hors du système européen et peu formé sur le plancton et la génomique signifie donc prendre un risque supplémentaire. Mais cela fait un certain nombre d’années que je fais de la recherche et aujourd’hui, je m’autorise à sortir un peu de cette logique pour aborder les choses d’une manière différente.

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