Les instruments de Tara : la rosette

© Remontée de la rosette dans des creux de 3 mètres V.HilaireFonds Tara


Pour ouvrir cette série consacrée aux multiples capteurs, appareils d’imagerie ou de prélèvement, la rosette, l’une des pièces maitresse de Tara, était tout indiquée.

La rosette de Tara, c’est une cage d’aluminium de 250 kilos rassemblant dix bouteilles de prélèvement et une multitude de capteurs. Un assemblage qui a été pensé spécialement pour s’adapter aux contraintes de Tara. Contraintes techniques, de taille notamment pour permettre une mise à l’eau en toute sécurité, mais surtout contraintes scientifiques, pour répondre au mieux aux besoins d’un tel programme de recherche. Après une première mise à l’eau à l’automne 2009, peu après le lancement de Tara Oceans, la rosette avait déjà dépassé ses 600 plongées lors du départ de cette nouvelle expédition en Arctique.

Mais concrètement, quel est donc le rôle de ce curieux assemblage ? La rosette de Tara est tout d’abord un outil de prélèvement, comprenant dix bouteilles dont la fermeture se commande à une profondeur donnée. Descendue sous la surface au bout d’un câble d’acier, la rosette peut ainsi capturer des échantillons – de l’eau de mer chargée de milliers de micro-organismes – à dix profondeurs différentes au cours d’une seule plongée. Pour récupérer de plus grands volumes d’eau, les scientifiques peuvent également décider de fermer les dix bouteilles à une même profondeur, récoltant ainsi en une seule fois quelques 96 litres d’eau de mer. Une fois remontée sur le pont arrière, la rosette peut alors délivrer ses précieux échantillons : le contenu de chaque bouteille est soit conservé tel quel, soit pompé au travers d’un filtre, qui se chargera alors de micro-organismes. Cette « galette » de plancton pourra par la suite être étudiée à terre.

Mais la rosette de Tara ne se limite pas à ce rôle de prélèvement. Etudier de nouveaux organismes n’a de sens que si l’on tente de relier chaque espèce à son environnement. Est-ce que telle bactérie vit dans des milieux riches en oxygène ? Tel petit crustacé préfère-t-il les zones plus froides ? Pour répondre à ces questions et dresser une véritable « carte d’identité » de la masse d’eau échantillonnée, la rosette est équipée de nombreux capteurs relevant en permanence durant la plongée différents paramètres physiques, chimiques et optiques : salinité, température, taux d’oxygène ou encore fluorescence. Enfin, un capteur d’imagerie permet de visualiser directement les particules et organismes rencontrés en plongée, de les quantifier, voir même de les identifier. C’est donc toute l’originalité de cette rosette : combiner en un même instrument de recherche des outils de prélèvement, de mesure des paramètres du milieu et d’imagerie. Et ce, jusqu’à mille mètres de profondeur. Si la rosette de Tara est ainsi un parfait outil d’étude du plancton, bien d’autres instruments à bord de la goélette viennent compléter la multitude de données qu’elle révèle à chaque plongée.

Yann Chavance

Ingénieur au Laboratoire d’Océanologie de Villefranche-sur-mer (CNRS/UPMC), Marc Picheral a coordonné l’installation de la rosette et le suivi de son fonctionnement.