« Nous commençons à avoir une idée de la complexité de la diversité planctonique »

© N.LeBescot/Tara Expéditions

A l’occasion de l’escale napolitaine, l’expédition Tara Oceans (2009-2013)* était mise à l’honneur par la Station Zoologique A. Dohrn, l’un des laboratoires impliqués dans cette grande aventure scientifique. Pas étonnant alors, de rencontrer Francesca Benzoni, Chris Bowler et Daniele Iudicone, coordinateurs scientifiques de Tara Oceans. L’Anglais Chris Bowler a accepté de dévoiler quelques informations sur les résultats tant attendus de ces 3 années et demi d’expédition.

Quel événement marquant a eu lieu à Paris la semaine dernière ?

Les coordinateurs scientifiques de Tara Oceans se sont réunis pour présenter l’analyse des données de ces trois ans d’expédition aux membres de notre conseil scientifique venus d’Europe et des Etats Unis. Ces experts sont conviés tous les 2 ans pour suivre l’avancement de nos études et nous faire part de leurs recommandations. Ils ont été très impressionnés par l’originalité, la qualité et la rapidité de l’analyse effectuée par le consortium sur la masse de données acquise.

Cette réunion a lieu à un moment clé, alors que nous venons d’envoyer 5 articles à des journaux scientifiques. Il s’agit de papiers écrits à plusieurs mains, qui relèvent de l’approche multidisciplinaire de Tara Oceans. Ces articles doivent à présent être relus et vérifiés par des experts indépendants. En anglais on appelle cela « peer review ».

L’un des objectifs de Tara Oceans concernait le recensement des organismes planctoniques. Aujourd’hui, on estime que très peu de ces organismes est connu. Est-ce l’un des sujets traités par ces articles ?

En effet, les résultats concernent, entre autre, le recensement du nombre d’organismes planctoniques dans les différents océans du globe en utilisant une méthodologie moléculaire appelé « metabarcoding ». Les chiffres obtenus grâce aux échantillons de Tara Oceans représentent probablement la plus grande partie des organismes existant dans la couche éclairée des Océans.

En fait, plus nous avançons dans nos recherches, plus nous analysons d’échantillons et plus nous retrouvons les mêmes organismes. Ce qui signifie probablement que nous sommes arrivés à un point de saturation ; nous commençons donc à avoir une idée de la complexité de la diversité planctonique

Nous avons aussi réalisé une estimation du patrimoine génétique des bactéries. Il s’agit d’une des plus importantes bases de données en terme de séquençage ADN, plus grand que celui du génome humain. Nous avons également établi un bilan des bactéries, des virus et des protistes présents à chaque endroit, ce qui va nous permettre de comprendre comment ces organismes interagissent entre eux : comprendre les symbioses. Et nous avons constaté que ces interactions sont beaucoup plus importantes que ce que nous pensions, notamment en ce qui concerne le parasitisme. Les interactions entre les différents organismes sont probablement essentielles au fonctionnement de l’écosystème planctonique. Certains organismes seront plus sensibles que d’autres à l’augmentation des températures due au changement climatique. Une fois impacté par ce changement, le système planctonique risque de provoquer des blocages dans le transfert d’énergies vers d’autres espèces prédatrices, comme les poissons et ainsi de suite.  Et tout ceci pourrait évidement avoir un impact sur le fonctionnement de la pompe à carbone qu’il serait important de pouvoir anticiper.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

*Lancée en septembre 2009, la 8ème expédition de Tara (Tara Oceans) visait à cerner, durant un tour du monde de trois ans et demi, 50 escales, l’effet du réchauffement planétaire sur les systèmes planctoniques et coralliens.

 

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