Rencontre avec Chris Bowler, coordinateur scientifique de l’expédition Tara Oceans.

© plancton



Laëtitia Maltese : Chris, qu’est-ce que les diatomées ?
Chris Bowler : Les diatomées font parties du phytoplancton, du fait de leur « grande » taille et de leur poids, elles jouent un rôle considérable dans le fonctionnement de la pompe à carbone des océans, et donc dans l’équilibre climatique. D’abord grâce à la photosynthèse, puis quand elles meurent, en « transportant » au fond des océans du carbone piégé dans leur cellule. Elles sont aussi un maillon essentiel de la chaîne alimentaire puisqu’elles sont le plat préféré des copépodes, l’espèce dominante du zooplancton.

L.M : Combien de temps avez-vous passé à bord et en quoi consistait votre travail ?
C.B : Six semaines réparties sur 3 legs (étapes) : Dubrovnik-Athènes, Puerto Monte –Valparaiso, Bermudes-Açores. Ce dernier leg était particulièrement intéressant car éloigné de l’influence continentale et à la croisée d’eaux de zones très différentes. Les stations étaient définies à l’avance, en fonction des cartes satellitaires. Puis ensuite, en tant que chef scientifique il faut décider de la zone la plus pertinente à étudier.

Dans les océans, les eaux sont  parfois « séparées », de façon verticale et horizontale. Elles sont entre autre caractérisées par des températures, salinité et densité différentes et ne se mélangent pas. Le but est de comparer le plancton de ces masses d’eau. Cette analyse de la biodiversité permet de comprendre le lien entre les paramètres physico-chimique et le plancton, on peut alors faire le lien avec les phénomènes naturels de circulation et le changement climatique.

L.M : Quels sont les premiers résultats de l’expédition ?

C.B : Nous avions peu de données à l’échelle de la planète avant Tara Oceans. Grâce à l’expédition nous constatons que les diatomées sont abondantes dans les différents océans du globe et qu’il existe une grande diversité d’espèces. Les premières analyses ADN permettent de les quantifier… Nous pensions qu’il existait 5 000 espèces de diatomées, grâce à Tara il semblerait que nous approcherions des 30 000… Les résultats devraient être publiés en 2013.

Avant nous étudions des diatomées provenant des cultures faites en laboratoire depuis plusieurs années. Or nous avions besoin de vérifier un certain nombre d’hypothèses sur des diatomées sauvages issues du travail de terrain, ce que nous permettent les échantillons de Tara Oceans.

Tous laboratoires confondus, 6 mois après l’expédition, les échantillons collectés sont si nombreux (27 000) que nous en avons analysé à peine 1%. Je suis convaincu que les résultats de l’expédition serviront de référence dans les années à venir, de par la masse d’informations qu’elle nous apporte.

L.M : Qu’a changé Tara dans votre vie de chercheur ?

C.B : J’ai une meilleure compréhension des enjeux de mes recherches à l’échelle de la planète, une vision bien plus globale, une ouverture vers le monde.

L.M : En quoi pensez-vous que les missions de Tara sont aujourd’hui essentielles ?

C.B : Avec les progrès d’aujourd’hui, les technologies de pointe peuvent être facilement miniaturisées pour être utilisées à bord de bateaux qui ont le gabarit de Tara. Ainsi, pour un prix moindre, des études sont menées à grande échelle ce qui accélère la collecte des données et donc les avancées scientifiques.
La difficulté dans la recherche océanographique est la logistique…et le vrai problème est que nous mesurons notre méconnaissance de la vie océanique ! De nombreuses portes s’ouvrent grâce à ce projet original et passionnant.

Après cet échange avec Chris, je repense à son récit au Maritime Museum, racontant les épopées des explorateurs comme Christophe Colomb ou Vasco de Gama… et m’en vais rassurée à l’idée que l’Homme ait encore beaucoup à découvrir !
Quant à Chris, il participera à l’évènement « science museum lates » le 26 septembre à partir de 19h30 sur le thème du climat.

Laëtitia Maltese