Reprise des sondages océanographiques

© F.Latreille/Tara Expéditions Tara Arctic

« 12 décembre, position 79° 38′ N /03° 20′ W, sonde 2320 m , profil CTD à 2000m + 5 yoyos à  400m » 

«DERNIER PROFIL, le 13 ça casse de partout,  on remballe le matos».

Flash back sur les derniers mois 

Quand l’équipe de relève est arrivée mi-septembre, Tara se situait par 86°N, encore dans le bassin arctique central  avec plus de 4 000m d’eau sous la quille. Le jour durait 24h et la science battait son plein à tous les étages : on faisait quotidiennement plusieurs kilomètres à ski autour du bateau pour les mesures de glaciologie, de neige et la surveillance des stations sismologiques, les mâts divers (radiomètres, météo) se dressaient fièrement  sur une banquise bien stable, le treuil océanographique moulinait tous les 2 jours ses 3 000 m de câble.

À l’approche de la nuit polaire, la taille de notre terrain de jeu s’est progressivement réduite. Fin octobre, dans une obscurité devenue totale, nous pouvions encore faire la tournée des « manipes » à la lampe frontale dans un périmètre de 500 m.

Jusque là le bateau  dérivait cap au sud, à une vitesse augmentant progressivement avec les coups de vent d’automne et l’approche du Détroit de Fram. On prenait alors la direction du Spitzberg, certains modèles nous prédisaient une sortie en eau libre pour le 15 novembre…. Les fonds diminuaient et l’eau d’origine atlantique manifestait sa présence sous nos pieds  de manière chaque fois plus insistante dans les profils CTD.

Début novembre, un fort coup de vent d’Est a coupé brutalement cet élan et nous a propulsé de 40 milles vers l’Ouest. Et surtout, il a provoqué les premières fractures importantes dans notre jardin de glace, qui accompagnait Tara depuis 1 an. Le périmètre de « manipes » sur la banquise s’est encore réduit.

À partir de là, par 83°N, Tara s’est retrouvé au milieu de la fosse centrale du Detroit de Fram  (profondeurs dépassant à nouveau 3 000m), sur un tapis roulant qui allait l’entraîner de plus en plus vite vers le Sud-Ouest , le long de la côte groenlandaise.

Les degrés de latitude se mirent à défiler, chacun dignement fêté par l’équipage. L’eau froide polaire regagnait du terrain (vertical) sur l’eau atlantique dans les profils CTD, et Paris s’inquiétait : les modèles se faisaient timides sur les pronostics de sortie et les espoirs de visite en hélico à partir du Spitzberg s’amenuisaient.

Début décembre, la banquise de plus en plus instable nous incita à démonter tous les instruments météo encore présents sur la glace, seuls les sondages océanographiques pouvaient continuer depuis le bord. Nos pressentiments étaient justifiés car le 13 décembre à la fin d’un gros coup de vent, tout se disloquait brutalement autour du bateau. Nous étions alors très proches de l’eau libre, la houle se faisait sentir et la sortie semblait imminente. Nos efforts se concentrèrent sur la préparation finale du navire pour la mer, tous les instruments scientifiques disparurent dans leurs boîtes à fond de cale, pour laisser un pont (presque) dégagé.

Mais les Esprits de la banquise sont joueurs et en décidèrent autrement. Quelques jours plus tard, la glace se resserrait à nouveau  en nous entraînant sur le plateau continental groenlandais. Les fonds ont diminué rapidement de 2 500 à 300 m, là où aucune veine d’eau atlantique ne pouvait plus venir nous chercher pour nous rediriger vers la mer libre.
Noël a donc été célébré dans la glace et le Nouvel An, ce soir, le sera également.

Nous sommes sur l’autoroute groenlandaise ( East Greenland Current, EGC en jargon océanographique), nous venons de louper la première bretelle de sortie  (un tourbillon atlantique vers 78° N) , la suivante se situe vers 73° N entre l’Ile de Jan Mayen et l’Islande. Si nous la manquons aussi, alors le péage final se situera dans le Detroit du Danemark (entre l’Islande et le Groenland) et le coin a plutôt une sale réputation avec les dépressions hivernales qui s’y engouffrent à souhait.  On verra bien, en attendant nous refaisons un peu de science, histoire d’occuper les journées. Et nous préparons le réveillon.

Bonne année à tous.

 

Hervé Le Goff

 


Les vœux de Paris

Etienne Bourgois, directeur de Tara Expéditions, est heureux de présenter ses vœux 2008 à tous, ainsi qu’à son équipe à bord comme à terre. Il pense tout particulièrement à Grant et Hervé qui sont sur Tara depuis le début de la dérive et à tous les hommes et les femmes qui ont constitué ou qui constituent aujourd’hui l’équipage de la goélette : Nicolas Quentin, Denys Bourget, Bruno Vienne, Gamet Agamyrzayev, Matthieu Weber, Victor Karasev, Charles Terrin, Guillaume Boehler, Jean Festy , Timo Palo, Minh-Ly PHAM-MINH, Hervé Le Goff, Alexander Petrov, Marion Lauters, Audun Tholfsen, Samuel Audrain, Vincent Hilaire et Ellie Ga.

Etienne Bourgois souhaite aussi une année de réussite à Jean-Claude Gascard, coordinateur du programme européen Damocles et à tous les scientifiques, acteurs de ce programme.