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Interview de Yoann Lelong, artiste en résidence à bord de Tara

“En filmant, je me suis rendu compte que les personnes à bord sont à la fois très indépendantes et très liées”

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Yoann Lelong fait partie des 10 artistes sélectionnés pour vivre l’aventure Tara Méditerranée. Premier à embarquer en résidence sur cette expédition, il a vécu et travaillé à bord pendant 20 jours, de l’île des Embiez à Monaco. Cette aventure humaine et artistique, lui a permis de découvrir la goélette, son univers et son équipage, qui lui étaient totalement inconnus. Discret, l’artiste a vogué caméra au point pour filmer les manœuvres et les prélèvements scientifiques, ou plutôt pour capter le « ballet » des Taranautes en action. Et lorsqu’il ne filmait pas, il s’improvisait guide et participait au travail de sensibilisation du public à bord de la goélette. Dévoué à l’art, « sa raison de vivre », c’est à travers la vidéo, les performances et les installations qu’il s’exprime. Son travail sera exposé à l’issue de l’expédition à la base Tara à Paris

Quel est l’objet de ton travail à bord ?

A mon arrivée, je voulais vraiment travailler sur des gros plans, sur les membres de l’équipage et les scientifiques. Et très vite en filmant, j’ai réalisé que ça ne marchait pas, que ça n’était pas possible de faire de l’individuel sur ce projet-là. Et puis, il y avait un mouvement entre toutes ces personnes, quelque chose d’un peu dansé. Moi qui aime beaucoup le travail de Merce Cunningham et de Trisha Brown, en danse contemporaine, ça m’intéressait d’essayer de m’inspirer de la manière plastique dont ils construisent leur chorégraphie. Mon travail a donc évolué, plutôt que de me focaliser sur les personnes, je vais travailler autour du mouvement. Mon idée c’est avant tout de filmer, d’engranger un maximum de matière première, et je verrai ensuite comment construire le film et l’installation.

Quel type de matériel utilises-tu à bord ?

J’utilise du matériel amateur, je travaille avec un Canon 700D, j’ai trafiqué un peu mes objectifs, 3 différents, pour qu’il y ait peu de lumière, parce qu’en général j’aime bien les choses un peu sombres et floues. A bord, je m’attachais à utiliser un objectif par jour pour me contraindre à ne pas m’éparpiller sur plein de choses différentes.

Que ressort-il de tes prises de vue ?

Je me suis vraiment attaché à filmer les relations entre les gens. Lorsqu’il se passait quelque chose à bord, j’ai remarqué que personne ne faisait les choses seul. J’ai trouvé cela très joli et c’est vraiment intéressant d’observer plusieurs personnes qui travaillent ensemble sur les mêmes gestes.

Lors de nos discussions, le mot« instinct » est revenu à plusieurs reprises…

Je travaille beaucoup en argentique, avec des caméras 16 mm, ce qui signifie qu’une bobine c’est seulement 2 mn 30 de tournage, il faut donc choisir ses plans et capturer les bons moments. Il s’instaure un peu une sorte de « dialogue » sans mots entre moi et la ou les personne(s) que je filme. J’essaie vraiment de capter les choses en fonction de mon ressenti personnel. Je ne pense pas réaliser une image objective, il s’agit vraiment d’une image subjective, c’est vraiment moi et ce que je ressens à ce moment-là.

Comment avais-tu préparé ton embarquement ?

En général, je travaille de manière très spontanée et du coup je me renseigne le moins possible sur les projets que j’intègre. Auparavant, je faisais le contraire, je prenais des informations, et j’arrivais avec des idées de plans préconçues ce qui, finalement, me contraignait, me bloquait dans ma prise de vue. Du coup, moins j’en sais et plus je me sens libre, plus j’ai l’impression de pouvoir capter des choses sans trop réfléchir.

Qu’est-ce qui t’a le plus marqué à bord ?

En filmant, je me suis rendu compte que les personnes à bord sont à la fois très indépendantes et très liées, elles s’écoutent les unes les autres, c’est assez impressionnant. Chacun sait ce qu’il doit faire, chacun est en confiance, et du coup, il y a quelque chose d’assez naturel qui se crée. Pour moi par exemple, le bateau ce n’est pas une chose naturelle, j’ai été surpris de voir que dans cet espace clos, chacun trouve rapidement sa place.

Et puis, il y a un moment qui m’a marqué. Nous sommes partis en mer pour effectuer des prélèvements, l’eau était hyper calme, c’était brumeux et puis nous avons vu des dauphins, c’était une ambiance très particulière et du coup cette ambiance presque onirique faisait ressortir plein de choses à bord : tout le monde semblait hyper soudé et à la fois, comme c’est souvent le cas dans ces moments-là, c’était électrique, il y avait de la nervosité, on était un peu sur un fil.

Aimerais-tu revenir à bord ?

Oui, je reviendrai volontiers si j’ai un projet qui s’y prête.

Propos recueillis par Noëlie Pansiot

Exposition Le monde secret du plancton

Fort de son expérience sur le voilier Tara en tant qu’artiste, Rémi Hamoir, professeur à l’École nationale supérieure des Arts Décoratifs, a proposé aux enseignants et aux étudiants de 1ère année de travailler sur un projet d’expression plastique autour de la thématique : « Tara et le monde secret du plancton ».

Le projet s’est élaboré autour d’une conférence donnée à l’École par Christian Sardet, co-initiateur de l’expédition Tara Oceans et Romain Troublé, secrétaire général de Tara Expéditions, sur les activités de Tara depuis 10 ans : ses missions scientifiques sur le changement climatique, notamment à travers l’étude du plancton, ainsi que les différentes créations artistiques réalisées autour de ses expéditions maritimes.

Le projet s’est ensuite appuyé sur une observation scientifique des micro-organismes marins conduite par les scientifiques Chris Bowler et Christian Sardet, tous deux ayant participé aux dernières missions de Tara. Cette expérience s’est tenue à l’Institut de Biologie à l’École Normale Supérieure dans le cadre d’un partenariat avec l’École. Les étudiants ont ensuite travaillé sur le sujet pendant un mois avec l’objectif de produire une exposition.

Etudiants: Louise Collet, Louise Vendel, Mathilde Cordelle, Clara Kernreuter, Cindy Attoungbre, Raphael Serres, Daniela Calcagno, Marie-Marie Dutour, Emmanuelle Blanc, Raphaelle Martinez, Eloise Petel, Hélène Hugues, Gabrielle Kourdadz, Margaux Saura, Lorène Gaydon.

Le monde secret du plancton sera la première exposition de la Base Tara qui sera inaugurée par la Maire de Paris Anne Hidalgo au mois de juin. Le public découvrira, à travers la créativité des étudiants et leurs interprétations plastiques, l’actualité des missions du bateau Tara, qui prospecte en ce moment sur la pollution plastique en mer Méditerranée.

Informations pratiques :

Exposition Le monde secret du plancton

Du 2 au 26 juin 2014

Base TARA, 11, boulevard Bourdon 75004 Paris

Du lundi au samedi de 10h à 18h.

Entrée libre.

 Le monde secret du plancton à la Base Tara

La Base Tara est le nouvel espace de Tara Expéditions. D’une surface de 400m2, il accueillera librement expositions, visites et conférences sur le Port de l’Arsenal à la Bastille, 11 boulevard Bourdon, dans le 4e arrondissement de Paris.

Des expériences à partager sur les réseaux sociaux

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Interview d’Etienne Bourgois, président de Tara Expéditions

Une nouvelle expédition, une nouvelle base Tara à Paris, un nouveau site Internet, le lancement d’une Plateforme Océan et Climat à l’occasion de la Journée Mondiale de l’Océan, Etienne Bourgois fait le point sur l’actualité très riche pour Tara durant ce mois de juin.

L’expédition est lancée et le volet scientifique de l’expédition Tara Méditerranée a commencé cette semaine…

Tara est d’abord un bateau pour la recherche, c’est donc une bonne chose ! Je suis d’autant plus satisfait que le volet scientifique de l’expédition s’est étoffé ces dernières semaines avec d’avantage d’universités et d’instituts qui s’impliquent sous la direction de Gaby Gorsky, directeur de l’observatoire océanologique de Villefranche sur mer.

Mais n’oublions pas que nous consacrerons aussi 50% du temps de la mission à la sensibilisation sur les enjeux environnementaux. Nous avons d’ailleurs pour objectif de publier un livre bleu à l’issue de ces 7 mois en Méditerranée.

Depuis quelques jours nous accueillons aussi un artiste à bord. Ils seront 11 à se succéder en résidence à bord de Tara, ils ont carte blanche. C’est une expérience unique pour eux mais aussi pour les scientifiques et les marins qu’ils vont côtoyer à bord de Tara !

Quel message souhaitez-vous faire passer en particulier ?

Un message de détermination concernant l’environnement. Malheureusement la roue est entrain de tourner, le temps passe et les réactions des politiques sont lentes. Il faut agir, prendre des orientations fortes maintenant.

Y-a t-il déjà eu des moments forts depuis que vous êtes en Méditerranée ?

Oui je me suis rendu à bord de Tara à Port-Cros début mai lors de l’étude du coralligène profond mené par l’équipe de Laurent Ballesta et l’Agence de l’Eau. Il m’a montré des photos extraordinaires qui montrent que la mise en place d’une Aire Marine Protégée porte ses fruits et que l’écosystème méditerranéen est merveilleux. Ces zones manquent souvent de moyens et sont encore trop peu nombreuses pour couvrir 10% de cette mer avant 2020, objectif fixé par la Convention sur la diversité biologique.

Je voudrais en profiter ici pour adresser mes remerciements à l’équipage très professionnel, motivé, uni, modeste etc…

Le 8 juin sera la Journée mondiale de l’Océan. Comment avance votre sensibilisation auprès des politiques ?

Cette Journée mondiale de l’Océan, donnera notamment lieu à une série d’événements pour les jeunes et la presse organisés le 10 juin au siège de l’UNESCO avec notamment le lancement de la Plateforme Océan et Climat 2015. Sous l’impulsion d’un petit groupe de fondateurs dont Tara, celle-ci réunit des acteurs de la société civile, et de la recherche avec un objectif : renforcer la place de l’Océan au cœur des discussions internationales relatives au climat, notamment en vue de la CoP 21 l’année prochaine à Paris.

Une autre source de satisfaction : l’ONU vient de rendre public la première version du texte sur les objectifs du développement durable. Et la “conservation et l’usage durable des ressources marines” sont dans la liste, avec 11 autres objectifs. Tara Expéditions avec André Abreu notre chargé de mission a aussi participé à cet effort à l’ONU.

Un prochain site Internet Tara est au programme pour la mi-juin…

Oui nous avions besoin de moyens nouveaux et plus adaptés aux nouvelles technologies afin de mieux diffuser nos messages. Ce site, réalisé en partenariat avec l’agence 76, sera plus simple d’utilisation, plus visuel et sera organisé autour des 4 grandes missions de Tara Expéditions: la science, l’environnement, l’éducation et l’art.

Tara Expéditions dispose aussi d’un nouvel espace : la base Tara…

Oui c’est la base arrière de Tara. L’équipe à terre dirigée par Romain Troublé y a désormais ses bureaux. C’est un lieu magique à côté de la Bastille, très lumineux. Nous pouvons y accueillir des expositions, des conférences, des rencontres pour les scolaires, des projections, etc…

La première exposition « Le Monde Secret du Plancton » a d’ailleurs ouvert ses portes  ce lundi et sera ouverte jusqu’au 26 juin. Fort de son expérience sur Tara en tant qu’artiste, Rémi Hamoir, professeur aux Arts Décoratifs, a proposé aux enseignants et aux étudiants de 1ère année de travailler sur un projet d’expression plastique autour de la thématique : « Tara et le monde secret du plancton ».

Un bémol à vos actions actuelles ?

Malgré le soutien et l’engagement d’agnès b depuis le début, le budget n’est jamais bouclé. C’est un stress permanent qui nous empêche de mieux nous préparer à moyen terme. Cela peut être parfois décourageant. J’en profite pour répéter ici qu’il n’y a jamais de don trop petit !

A ce sujet quels sont vos projets futurs ?

Nous préparons un projet qui nécessite un budget sur deux ans. C’est un programme scientifique sur les récifs coralliens de grande envergure. Il faut au moins 12 à 18 mois de préparation et nous sommes déjà à pied d’œuvre depuis trois mois.

10 ans c’est un cap pour Tara ou le début d’une seconde vie ?

Nous sommes dans la continuité. Depuis 10 ans nous avons fait 10 expéditions et toutes ont eu un sens. C’est notre trésor. Nos projets ont comme particularité d’avoir été initiés par des individus qui forment un groupe et non des entreprises ou des institutions.
J’espère que d’autres projets comme Tara pourront naître dans le monde.

Qu’est ce qu’on peut vous souhaiter ?

Boucler notre budget toujours plus tôt et du bon vent en Méditerranée !