Tara raconte…

© Vincent Hilaire / Fondation Tara Océan

Vous voici arrivés dans les archives de Tara. Tous les mois, découvrez une ancienne ou une nouvelle anecdote sur la goélette et ses périples, racontée par celles et ceux qui font vivre le projet depuis 2003.

La glace se rompt 

16 Latreille Francis© Francis Latreille / Fondation Tara Océan

Grant Redvers, chef d’expédition de Tara Arctic, raconte un des chapitres les plus déterminants de cette dérive en Arctique.

“Comme nous le suspections, le choix de notre morceau de banquise est loin d’être idéal. Cinq jours seulement après le départ de l’équipe de soutien, le pire des scénarios se produit, rare mais toujours possible.

Pendant le déjeuner, alors que nous dégustons une roborative potée de lentilles au jambon, mitonnée par Hervé, nous sentons Tara bouger d’avant en arrière. Dehors, une violente tempête, qui s’est déchaînée pendant trois jours, souffle ses dernières rafales. Nous sommes persuadés que le pire est derrière nous. Une légère tension des amarres m’incite néanmoins à quitter la table, afin de m’assurer qu’il n’y a pas de soucis. Hormis le lent mouvement du bateau, le raidissement, puis le relâchement régulier des cordages qui nous rattachent à la glace, tout à l’air en ordre. 

Alors que nous paressons en prenant le café ou le thé, Hervé monte sur le pont fumer son habituelle cigarette. Il redescend à toute allure quelques minutes plus tard : “La banquise s’est brisée !” lance t-il.”

À la fin de l’été, quand le froid polaire s’installe, la surface de l’océan gèle mais la glace reste encore fragile et sensible aux mouvements de la mer et du vent. La banquise peut s’ouvrir et se disloquer en un instant. C’est ce qui s’est passé à ce moment-là. Rapidement une forte houle se forme et la banquise se brise comme un miroir. L’ensemble du matériel scientifique déposé sur la glace se trouve disséminé par les vents sur une zone d’environ 100 km². L’équipage, conscient que toute la mission est mise à l’épreuve, est allé chercher, à force d’obstination mais au péril de leur vie, le matériel qui a finalement été très peu perdu. Heureusement, le carburant a aussi été récupéré alors même que la vie de l’équipage en dépendait par ces températures polaires.

Le défi de l’entrée de Tara en Seine

Anne Beyou / Fondation Tara Océan© Anna Beyou / Fondation Tara Océan

Le 21 février 2020, après avoir bravé la tempête bretonne, Tara arrive de son port d’attache, Lorient, au Havre pour enlever ses deux mâts de 27 mètres de haut. Pendant deux jours, l’équipage s’affaire et quelques heures plus tard, les deux mâts de Tara sont installés sur le pont afin de pouvoir passer sous les ponts. La goélette remonte le fleuve et ses six écluses pour gagner la capitale. Ce lundi 24 février, depuis le départ à l’écluse de Suresnes, le capitaine ne peut toutefois pas assurer que Tara pourra s’amarrer comme prévu au Port de Paris près du Pont Alexandre III. Ce jour-là, en fin de journée, la crue laisse finalement passer la goélette. Une ouverture qui s’est jouée… à 20 centimètres exactement pour passer sous le pont des Invalides !

La nuit longue

Vie à bord - Tara ArcticLa vie à bord © Francis Latreille / Fondation Tara Océan

En janvier, les nuits sont longues et la glace plus calme. Quand ils ne collectent pas de données sur la banquise arctique pour rendre compte du changement climatique en cours, les membres de l’équipage Tara consacrent plus de temps à des activités et centres d’intérêt personnels. Témoignage de Grant Redvers, chef de la mission Tara Arctic et seul membre à avoir séjourné sur Tara sans relève pendant les 506 jours de dérive.
Janvier 2007.

« Dans l’espoir d’encourager les soirées collectives, je milite pour des conférences à dates régulières. Denys raconte son expérience de médecin pour les vols zéro gravité organisés par l’Agence spatiale européenne, Nico nous entraîne aux Kerguelen, sur un patrouilleur français, tandis que j’embarque l’équipe vers le climat plus hospitalier de la Polynésie française. Tout cela nous change de la glace et nous est prétexte supplémentaire pour nous gaver de bonbons ».

Journal de bord de la dérive arctique, Grant Redvers

Un Noël à bord de Tara

IMG_4178Un Noël à bord de Tara © François Aurat / Fondation Tara Océan

NOËL – 2010. Le 29 décembre, Tara quitte la marina Afasyn à Ushuaia à 5 heures de l’après-midi. Le ponton retentit d’adieux. C’est dans cette marina qu’était passé il y a quelques années Sir Peter Blake à la barre de Seamaster, et même Jean-Louis Etienne avec Antarctica – les anciens noms de la goélette scientifique. Une photo souvenir est accrochée sur l’un des murs du club-house. Quatorze personnes sont à bord. Tous les scientifiques qui participent à ce leg sont arrivés. Marc Picheral, ingénieur océanographe (UPMC-CNRS) à l’Observatoire océanologique de Villefranche-sur-Mer, prend la tête de la mission. Après un mouillage dans le port de chilien de Puerto Williams, une rotation de l’équipe et le soutage de gazole, Tara met le cap sur le passage de Drake. Les prévisions météo sont bonnes, avec un vent du nord-ouest de 30 à 40 noeuds. De quoi descendre sous voiles, au portant. Amélie, la cuisinière, peaufine son menu de réveillon. L’espace d’une soirée, Tara s’est encore transformée en ce refuge chaud et douillet dont elle a le secret et dont elle tire son nom : dans “Autant en emporte le vent”, Tara n’est pas un bateau mais le nom d’une maison, la maison où l’héroïne Scarlett O’Hara revient toujours, irrésistiblement.

Extrait du Livre : Tara Oceans, Chroniques d’une Expédition Scientifique, Eric Karsenti & Dino Di Meo, Editions Actes Sud / Fondation Tara Océan

Tara Oceans, une première transatlantique pour certains chercheurs

1 - Chris Bowler_Charlene Gicquel_Eric Karsenti © Celine Bellanger_Tara Expeditions FoundationChris Bowler, Charlène Gicquel, Eric Karsenti quelques années plus tard © Celine Bellanger / Fondation Tara Océan

Alors quTara était sur le chemin du retour de la mission Tara Océans 2009-2013 pour établir ce qui allait être le plus grand catalogue d’espèces planctoniques encore jamais réalisé, Chris Bowler, biologiste moléculaire, et coordinateur majeur dans cette avenue scientifique déclarait… “C’est ma première traversée transatlantique, déclare Chris Bowler. Elle me replonge dans une partie de mon passé. Elle me fait penser à mon grand-père, qui pendant la Seconde Guerre mondiale convoyait des cargos à travers l’Atlantique sous le feu des sous-marins nazis. Il est mort avant que je naisse. Quand j’étais petit, mon père m’a donné ses médailles. Alors, je pense à lui dans l’Atlantique.” Le chercheur britannique n’en revient toujours pas qu’une telle expédition ait put être lancée sans quelle soit financée entièrement : “Je suis content qu’Eric Karsenti  ait eu le courage de commencer. A l’époque, je pensais qu’il fallait d’abord trouver un financement. Mais il a dit “On y va”. Puis il a rencontré Etienne Bourgeois et son équipe qui ont le même esprit d’aventure que lui. “J’ai beaucoup appris, parfois il faut partir sans être totalement prêt. Ils ont pris tous les deux des risques énormes”. 

Extrait du Livre : Tara Oceans, Chroniques d’une Expédition Scientifique, Eric Karsenti & Dino Di Meo, Editions Actes Sud / Tara Expéditions

5 septembre 2019. Tara Oceans, le départ

8-Départ Tara Oceans Lorient_©F.Latreille-Tara Expeditions_Expédition Tara Oceans© Francis Latreille / Fondation Tara Océan

Après une préparation marathon financière, technique, conceptuelle et méthodologique, Tara est enfin amarrée face à la Cité de la Voile Eric Tabarly à Lorient, prête à partir. Le 5 septembre 2019 à midi, la goélette quitte le ponton devant des milliers de personnes, toutes voiles dehors, avec dans ses entrailles des instruments hypersophistiqués et miniaturisés, presque tirés d’un roman de science-fiction. Il y a là des appareils inédits pour explorer la diversité des formes océaniques, des instruments de prélèvement et de classement de mesures sous-marines… À l’issue d’une mue de 6 mois, Tara a abandonné son habit polaire pour devenir un bateau capable de braver les océans du monde entier, avec à son bord un matériel océanographique de pointe.

Dino Di Meo

Redécouvrez l’aventure scientifique et humaine de l’expédition Tara Oceans.

Les secrets de la Méditerranée, la vallée aux dentelles de pierres

Laurent Ballesta / Andromède Océanologie© Laurent Ballesta / Andromède Océanologie

« Il faut quelques minutes pour voir dans la pénombre. Ici-bas, la lumière est faible, mais elle est surtout particulière : elle absorbe toutes les couleurs. L’ambiance est monochrome, bleu, bleu profond… Nous allumons nos torches et, comme chaque jour, le miracle opère, le paysage devient multicolore : les gorgones oranges, les gorgones roses, les gorgones caméléons, rouges et jaunes. Si les couleurs varient, les formes aussi : les éponges sont sphériques, tubulaires, arbustives ou encroûtantes. Les coraux sont mous et les algues de pierre, bref, c’est le monde à l’envers. Tous ces organismes cohabitent en silence, loin de nos yeux et de nos préoccupations, sur ces petites roches oubliées, criblées de cavités, de trous, de petites grottes. Ces anfractuosités abritent mille et une créatures grouillantes, langoustes, galathées à longues pinces, crevettes cavernicoles et quelques rares homards. Autour de cette oasis, des milliers de poissons roses, les barbiers, tourbillonnent comme une nuée d’insectes volants. Tous ces animaux ne sont pas rares, mais il est rare d’aller les voir. Je pourrais rester là des journées entières sans m’ennuyer mais nous sommes à 112 mètres de fond ; chaque minute compte et nous devons poursuivre notre « trek sous-marin ». Au total, il y a 1,5 km à parcourir. C’est long mais nos propulseurs électriques vont nous permettre de relier très vite chacune des roches- pour mieux s’y attarder. Ces roches profondes, riches et colorées, forment le coralligène. C’est un écosystème difficile à définir car variable », Laurent Ballesta.

Venu étudier le coralligène rouge dans le Parc National de Port-Cros, le plongeur, connu pour ses explorations à des profondeurs vertigineuses, a travaillé en étroite collaboration avec l’équipage de Tara lors de la mission Tara Méditerranée en 2014.

Tara Arctic : une expérience humaine inédite…

Arctic-Francis-Latreille-3Tara prise dans la glace pendant l’expédition Tara Arctic © Francis Latreille / Fondation Tara Océan

« S’il n’y avait pas eu des gens assez fous pour partir, nous n’y serions jamais allés. Aujourd’hui, nous avons des techniciens spécialisés dans les conditions extrêmes, mais à l’époque, en 2006, il s’agissait encore d’aventuriers », raconte Etienne Bourgois au sujet de la dérive polaire de Tara. 507 jours bloqués dans la banquise arctique, c’est l’exploit qu’ont réalisé Tara et son équipe. Et ce n’était pas sans risque… Etienne Bourgois explique :  « D’ailleurs, dans le labyrinthe des autorisations requises, l’administration russe m’a imposé de signer un document stipulant que j’étais responsable de la vie et de la mort de tout l’équipage. J’ai signé… ». Une responsabilité immense lorsqu’on sait que même en anticipant au maximum, il était impossible d’aboutir au risque zéro.

Une rencontre bien particulière à Djibouti

Après une brève escale, Tara repart pour une mission scientifique sur le corail, mais la goélette est suivie de près par le boutre d’Abdou, un ancien pêcheur de soixante-quatre ans qui connaît les eaux djiboutiennes comme sa poche. Tout n’a pas été facile pour Abdou : dans les années 1990, chassé par les rebelles qui pillent les villages, il fuit avec vingt-deux camarades dans un petit bateau de pêche. S’ensuit un inévitable naufrage : quinze disparus en mer, sept rescapés. Abdou nage huit heures pour sauver sa vie et atteint la côte épuisé.
À bord, Abdou porte fièrement son t-shirt Tara, comme le reste de l’équipage. Une fois arrivé à Obock, il dépose une chèvre sur le pont de la goélette pour que l’équipage la garde au cas où il manquerait de provisions. Le capitaine Olivier explique gentiment qu’il est impossible de garder des animaux vivants à bord mais qu’il comprend qu’il s’agit pour Abdou d’exprimer sa reconnaissance et sa joie d’être désormais un vrai Taranaute.

PHOTO-2019-01-24-10-58-00© Julien Girardot

Retour vers le futur

Le 10 septembre 2013, l’équipage de Tara Oceans remonte le temps… « Aujourd’hui, c’est aussi hier, et hier nous disions que demain serait aujourd’hui ! » écrit Vincent Hilaire, correspondant de bord, au moment du passage de la date line.

Cette ligne imaginaire, conventionnelle et indispensable nous permet de tous vivre avec la même unité de mesure du temps. Et lorsque l’on passe cette ligne de jour, on recommence le jour d’avant.

Même si ce retour dans le temps est immatériel, il est bien visible à bord ! Il suffit de jeter un coup d’oeil au GPS qui, une fois arrivé à 180° E, recommence brusquement à décompter les minutes d’arc dans l’autre sens, 179° 59’ Ouest… 179° 58’ O…

Tara au milieu des glaces en Arctique

Tara au milieu des glaces © Anna Deniaud Garcia / Fondation Tara Océan 

D’Antarctica à Tara : “Nous étions trois enfants de 3, 5 et 9 ans à bord du Sarimarès”

« Nous étions trois enfants. Trois enfants de 3, 5 et 9 ans à bord du Sarimarès, un voilier sur lequel j’ai grandi et fait le tour du monde pendant 12 ans, entre 1982 et 1994. Au Cap de Bonne Espérance en mars 1992, nous allions rencontrer pour la première fois Antarctica, devenue aujourd’hui Tara. Comme un souvenir, une photographie. Son équipage proposait aux enfants du port de faire de la balançoire, à l’aide d’un bout suspendu aux barres de flèches.

Le mois suivant, sur la route de Sainte Hélène, en avril 1992, le Sarimarès croise à nouveau l’Antarctica. Les retrouvailles sont si joyeuses que toute la famille est invitée à dîner sur la goélette. Au menu : langoustes de Tristan Da Cunha, pommes du Cap et fruits frais, un vrai luxe quand on est en mer ! La cave à vin était aussi bien fournie…

Nous avons alors le privilège de visionner en avant-première quelques prises de vue de l’expédition de Jean-Louis Etienne en Antarctique : baleines, manchots et la découverte de la menace des lions de mer. L’équipage était composé entre autre d’Eric, un montagnard, de Juliette et de John, un équipier sud-africain embarqué au Cap (à droite, short turquoise).

PHOTO-2019-01-24-10-58-00© Christine et Gilbert van de Wiele

En mer, nous étions 3 enfants, à sympathiser avec cet équipage, qui nous offrira quelques fossiles, un souvenir pour les 3 moussaillons que nous sommes, avant de repartir vers nos destinations respectives : Antarctica vers les Canaries et le Sarimarès à Natal au Brésil.

En 1992, le hasard m’a permis de profiter des enseignements de la mer, de croiser un équipage engagé, déjà préoccupé par le devenir des Océans. Aujourd’hui, je souhaite à tous, petits et grands, de croiser le chemin de Tara – ou d’autres Tara d’ailleurs – pour, comme moi, réveiller une passion et se mobiliser autour d’une mission majeure : l’Océan et sa préservation. »

Eric Van De Wiele

 PHOTO-2019-01-24-10-57-59 © Christine et Gilbert van de Wiele

Une expédition qui a du chien (ou plutôt deux !)

L’expédition Tara Arctic 2006-2008, n’était pas qu’une aventure humaine. Les chiens husky Tiksi et Zagrey étaient deux véritables protagonistes de l’épopée. Ils avaient la lourde responsabilité de prévenir de la présence d’ours polaire, les seigneurs de la banquise.

Bien que la tâche s’avère simple dans la lumière du jour, ils auront beaucoup plus de mal à sentir leur présence dans la nuit polaire, ce qui vaudra quelques frayeurs au moment de se rendre, dans l’obscurité, à un endroit stratégique, placé sur la glace à 100 mètres de Tara : les toilettes !  

Lorsqu’un jour, une mère et son ourson décident de jouer avec l’un des instruments scientifiques appelé radiomètre, le vieux Zagrey se rue vers eux en aboyant dans l’espoir de les effrayer. En vain… D’un coup de patte d’une incroyable rapidité, l’ourse envoie valdinguer le chien. Plus de peur que de mal : Zagrey est récupéré avec une simple égratignure à la patte et, quelques points de suture plus tard, il gambade à nouveau !

Découvrez les secrets de l’expédition Tara Arctic dans le livre Tara, 500 jours de dérive arctique.

Tiksi ©Herve BourmaudTiksi veille sur Tara © Herve Bourmaud / Fondation Tara Océan

Une histoire de noms…

Imaginée par l’explorateur français Jean-Louis Etienne, la goélette Tara naît d’abord sous le nom d’Antarctica en 1989, en référence à son but premier : une expédition au pôle sud, l’un des endroits les plus inaccessibles de la planète.

À son rachat par le néo-zélandais Sir Peter Blake, elle est renommée Seamaster et est mise au service de la cause environnementale. Un objectif : “Protéger la vie dans l’eau, sur l’eau et autour de l’eau”. Pourtant, le 5 décembre 2001, en pleine expédition au Brésil, Blake est assassiné à bord par des pirates. Seamaster se retrouve sans pavillon et végète dans le port de Newport (Etats-Unis), jusqu’en octobre 2003, lorsque Etienne Bourgois se laisse séduire par cette goélette chargée d’histoire.

agnès b. et lui décident de racheter Seamaster pour perpétuer le projet de Blake : faire parler de l’océan, de l’environnement, sensibiliser au changement climatique dont très peu parlent encore en 2003. Ils la renomment Tara, du nom de la maison de Scarlett O’Hara dans le film Autant en emporte le vent, un lieu familial et convivial vers lequel on revient toujours.

Revivez la naissance de Tara en lisant Tara, la Nouvelle Exploration.

Faaite atoll _ Credits Yann Chavance - Tara Expeditions FoundationL’atoll Faaite dans l’archipel des Tuamotu en Polynésie française  © Yann Chavance / Fondation Tara Océan